27 mai 2007

Le scaphandre et le papillon


Le scaphandre et le papillon, encore un film attendu et étonnant. Monté par Kathleen Kennedy (célèbre productrice associée à Spielberg le plus souvent) et Julian Schnabel (réalisateur de Basquiat et de Avant la nuit), au départ sur le nom de Johnny Depp pour jouer l’ancien patron français de Elle Jean-Dominique Bauby, c’est finalement le non moins génial Mathieu Amalric (incroyable dans ses prestations pour Despleschin notamment) qui endosse le « costume » de ce dernier.
Adapté du livre dicté par Bauby par le biais du battement de sa paupière (le fameux « papillon ») après un accident vasculaire qui l’a paralysé (le triste « scaphandre »), le film de Schnabel présente une esthétique absolument éblouissante, d’une beauté incroyable et troublante, adoptant une grande partie du film soit un point de vue subjectif du « héros », soit ses divagations et rêves d’évasion de son corps cloué sur son lit.
Ici, les couleurs se parlent, se répondent, renvoient l’une à l’autre. Le flou devient artistique, à la fois narratif et beau. Les plans bougent par à-coups, comme un œil qui tourne pour scruter les moindres détails d’un monde qui s’est trop réduit pour être ignoré. Les cadrages s’adaptent à ce monde, car le recadrage est interdit par un mouvement de tête interdit.
Pourtant, on sort de la projection remué d’une expérience filmique totalement innovante, à mille lieux des canons esthétiques habituels.
Si l’histoire en elle-même n’est pas aussi émouvante que Mar adentro (de Alejandro Amenabar), très beau film classique sur un paraplégique, c’est en partie parce que Schnabel ne joue pas avec un pathos dangereux sur ce genre de sujet. Au risque de laisser le spectateur sur sa faim d’émotions.
Les acteurs (Amalric en tête évidemment) mais aussi les actrices remplissent leur contrat parfaitement, révélant des sentiments distingués, à fleur de peau. A ce titre là, la scène d’appel à l’euthanasie de Bauby à son éducatrice est bouleversante, Marie-Josée Croze appuyant là où ça fait mal : la peur de la mort, la peur du manque pour ceux qui restent, une amitié muette naissant entre tous ceux qui « parlent » avec Bauby. De même pour la très belle prestation de Max Von Sydow (quelle carrière tout de même !) qui fait un lien entre sa vieillesse et l’infirmité de son fils.
Le film est courageux, il mérite d’être vu, et non pas d’être ignoré, effacé par les sorties titanesques de pirates nauséabonds (Pirates des Caraïbes 3 est, je le confirme, d’une nullité impressionnante).
Allez le voir !

Zodiac

Avant la cérémonie de clôture du Festival de Cannes, trois critiques sur les films sortis dernièrement et présentés en compétition.

Trois films de la sélection officielle du 60ième Festival de Cannes sont sortis alors que celui-ci se déroulait. Enthousiasme de l’événement oblige, je me suis précipité dans les salles obscures projetant trois films aussi différents que réussis.



Zodiac. Le mot nous a fait frémir pendant des mois, dès l’annonce de ce nouveau projet de David Fincher, réalisateur culte s’il en est, réveillant les ardeurs cinéphiliques de chacun. Sa filmographie en a fait pâlir plus d’un, et voir le réalisateur de Fight Club, Seven et autres Alien 3 sur la Croisette avec le célèbre serial killer de San Francisco et un casting quatre étoiles laissait augurer le meilleur. Et le meilleur fut.
Son premier film depuis cinq ans (et le visuellement incroyable Panic Room) a de quoi étonner. Le réalisateur virtuose, pointant sa caméra comme une baguette de chef d’orchestre, signe ici son film le plus sobre, au plus près de la réalité. La reconstitution des années 70 à San Francisco est saisissante, Fincher en captant les peurs primitives, dans un pays qui découvre son premier tueur en série ultra-médiatisé.
L’installation du film est d’une efficacité à toute épreuve, à la fois classique (dans le sens hollywoodien du terme) et originale, étirant les codes définis pour mieux les mêler. Le film d’investigation est possédé par une horreur bestiale (The most dangerous game : l’une des clefs du film renvoie au film Les chasses du Comte Zaroff, de Schoedsak et Cooper où la cruauté de l’homme dépasse celle de tout autre animal) qui elle-même cède sa place à un film policier plus classique. La violence des trois premiers quarts d’heure est glaçante à la fois dans la narration (les meurtres « inspirés de faits réels » sont réalistes) mais aussi dans son traitement, parfois borderline. Une limite morale est notamment dépassée lors du filmage du double meurtre du parc, où Fincher laisse entrevoir une échappatoire au jeune couple pour mieux faire retomber le couperet, lame acérée qui s’enfonce dans leur chair en gros plans, au ralenti et une certaine complaisance à voir les victimes hurler leur douleur. Cette mise en scène cruelle est d’autant plus étonnante qu’elle vient après et avant des interventions du tueur masqué toutes aussi impressionnantes, mais aussi moins « choquantes ».
La scène de la mère et son bébé est à ce titre là bien plus terrifiante, malgré l’absence d’action. Mais celle-ci fonctionne peut-être autant grâce au dispositif mis en place plus tôt par Fincher ! Le débat est ouvert : la perversité d’une scène peut-elle élever le film ?
Le film, d’une longueur de 2 heures 35, pêche aussi par une certaine redondance sur la fin, s’enlisant comme l’enquête dans son propos. Un déséquilibre au sein du film m’a semblé évident, au détour d’une scène, qui marque pour moi le tournant de Zodiac. Le passage du plateau de télévision, plateforme d’écoute du tueur, présente une tension dramatique indéniable, Fincher s’amusant des regards échangés, de l’intermédiaire de la caméra de télévision, du nombre de personnages, des allers-retours entre eux… Un paroxysme est atteint dans la conversation avec le « tueur » quand on entend un hurlement sinistre, troublant personnages et spectateurs. Climax du film, après lui, tout retombe. La pression est d’un seul coup relâchée pour ne jamais vraiment revenir. La scène en elle-même semble terminer trop tôt, cassant tout l’effet échafaudé, et le film va y perdre lui aussi un rythme qui était jusqu’ici soutenu, pour retomber dans une enquête plus « quelconque », perdant en partie son intérêt dans une fin interminable. Et ceci malgré l’étoffe que prennent les personnages, jusqu’ici plutôt archétypaux, lorsqu’ils s’enfoncent et se perdent dans une enquête sans preuve, sans témoin, sans motivation, sans fond.
Les acteurs donnent leur maximum (Mark Ruffalo en tête, qu’on rencontre chez une grande partie des réalisateurs qui comptent vraiment, de Gondry à Mann), la technique est superbe (la photo en particulier, avec un grain épais, donnant une texture mouvante à ce film qui n’arrête pas de bouger), la BO idéale.
Au final, j’ai l’impression d’avoir vu un film important, plein non pas de défauts mais de curiosités qui m’ont étonné du début à la fin, déroutant ma vision d’un film que j’attendais impatiemment et qui m’a emmené là où je ne pensais pas me retrouver : le domaine d’une investigation floue, trouble, dans une filmographie limpide.

16 mai 2007

Culture, Rayban et Politique


Le calendrier nous réserve parfois quelques bizarreries intéressantes, comme en ce jour.
L'entrée en fonction d'un certain Nicolas S. aux plus hautes fonctions de l'Etat coïncide exactement avec l'ouverture du 60ème Festival de Cannes.
Un homme de "réforme" (comme les journalistes acquis à sa cause le désignent... peut-être, on verra, mais quelles réformes ? et dans quel sens ?) face à ce mastodonte culturel, figure étincelante du glamour à la française, injecté de Botox et de marques de luxe (telles les lunettes RayBan arborées fièrement par le parfait Jude Law, dans une faute de goût hélas de plus en plus récurrente sur le tapis rouge...).
Pas un mot sur la Culture pendant toute la campagne, à droite comme à gauche (malgré la louable mais faible tentative de la candidate PS lors d'une soirée un peu trop guest-star pour être réellement honnête...).
Pas un mot sur les mauvaises réformes engagées par les précédents gouvernements sur le statut des intermittents ; ni sur le concensus trouvé par les législateurs (encore une fois des deux bords) il y a deux ans pour réformer ce même statut, projet étrangement enterré avant les vacances du Parlement, étouffé par une loi plus "importante"...
Pas un mot sur les nominations hâtives à la tête de différents théâtres nationaux de personnalités peu appropriées aux tâches qui leur incombent désormais par un Ministre aux choix étonnants.
Une rumeur insistante parle d'une visite du Président (que ces mots font mal...) à la vieille manifestation cannoise. Peut-être pour réconcilier la Politique et la Culture.
Les symboles ne suffiront pas.

07 mai 2007

Les temps sont durs pour les reveurs

J'y aurais cru jusqu'au bout.
Les contre-pouvoirs vont devoir marcher au maximum, n'oublions donc pas les législatives.