24 octobre 2007

Secret Sunshine


Lee Chang Dong méritait la Palme d'Or*.
Cette affirmation un peu vaine souligne un fait incroyable : la Corée (du Sud, cela va sans dire...) n'a gagné aucun des trois grands prix des festivals mondiaux.
Dans les vingts dernières années (la nouvelle génération coréenne étant elle-même plutôt des 90's), aucun Lion d'Or, aucun Ours d'Or et aucune Palme d'Or n'a été attribué au Pays des matins calmes. La Chine (primée à Berlin cette année, à Venise l'an dernier), Taïwan (avec Ang Lee, primé deux fois à Venise), le Japon (Kitano à Venise, Miyazaki à Berlin) trustent, eux, une bonne partie de ces plus hautes distinctions de la cinématographie mondiale (à juste titre, souvent).

Et la Corée qui est toujours oubliée. Elle est plus que reconnue, reçoit de nombreuses récompenses (prix d'interprétation, jury...), cartonne au box-office du monde entier (et en France en particulier), et rien ne vient.
Elle se fait toujours doubler par des films-évènements plus ou moins heureux (Old Boy grillé par Farenheit 9/11 ; Secret Sunshine par 4 mois 3 semaines et 2 jours etc) et ne parvient pas à planter son drapeau en haut de la colline des prix de la cinématographie mondiale.

Que Park Chan Wook (surtout pour Old Boy), Kim Ki Duk (Time, sorti cette année est un film juste essentiel) ou ici Lee Chang Dong n'aient pas suffisament convaincu les jurés des festivals est tout simplement impensable.

Toutes ces considérations prennent corps lorsque l'on "subit" Secret Sunshine.
Shin-ae a tout faux, sur toute la ligne, et ce depuis le début. Vouloir revenir dans le pays matriciel de son défunt mari va entraîner un enchaînement de "déboires" (le mot paraît bien faible) qui vont la mener jusqu'à la folie.
Non seulement sa voiture tombe en panne, mais en plus à cause d'un mensonge qui laisse croire à une potentielle richesse (le fait qu'elle souhaiterait acheter un terrain) son fils est enlevé par un malfrat. L'enfant est retrouvé mort.

Le film est bouleversant. Porté par Jeon Do-Yeon (justement prix d'interprétation à Cannes cette année), il n'en finit pas de nous surprendre. Si la fin semble évidente, le chemin pour parvenir à la folie de cette femme déjà touchée par le deuil est, lui, totalement imprévisible.
Au lieu de se laisser emporter dans de noires pensées, Shin-ae embarque dans un christianisme forcené, accompagnée par sa voisine pharmacienne (terrifiante et attachante évangéliste) ainsi que par Jong-Chan, un mécanicien amoureux d'elle depuis le début du film. En travaillant sa foi, elle parvient à trouver un équilibre qui semble fantastique, propre à la fragilité de ces gens qui ont tout perdu. Puis elle perd cet équilibre même.
Non content de l'avoir dépouillé de tout ce qui pouvait donner un but à sa vie (son mari, son fils), le réalisateur-scénariste (ici bien évidemment assimilé à Dieu) s'acharne en lui retirant la possibilité de croire.
Le renversement est cruel et beau, comme dans toute tragédie : la foi la quitte quand elle veut appliquer l'un des "principes" de Jésus : pardonner à celui qui a fait du mal. Non que la volonté lui ait manqué, bien au contraire.
Mais pourquoi (et comment) Shin-ae devrait pardonner à quelqu'un au nom d'un dieu qui l'a déjà fait avant ?

La femme perdue qu'elle est devient la figure d'une tragédie moderne.
Il n'est pas d'ironie plus grande que celle de lui faire manger une pomme avant de tenter de se suicider.
Le symbole même de la Faute de la première des femmes, selon les religions monothéistes, vient se greffer à un problème contemporain, dans un pays à tradition originellement différente.

La boucle de la mondialisation aurait été bouclée si on avait décerné à ce film le prix qu'il méritait.


*lui aussi !

16 octobre 2007

Retour sur le passé

C'est un dessin animé fait sur Flash il y a bien longtemps maintenant, et qui s'inspire du poême de Tim Burton "Voodoo Girl" dans son livre "La triste fin du petit enfant huître".

Voodoogirlanim
Vidéo envoyée par caillouquiroule

Un film créé sur Flash il y a bien longtemps maintenant, quand j'étais en terminale.
"Adaptation libre" d'un poême de Tim Burton, dans son livre "La triste fin du petit enfant huître et autres histoires".

13 octobre 2007

They made me do it

http://theymademedoit.positiforum.info

Voici le lien du forum SUR le Cinéma que j'ai décidé de "lancer" (copiez-collez cette adresse ou cliquez sur "Forum-They made me do it" dans les liens à droite) sur une Toile bien ingrate envers le 7ième Art.
Un Art qui souffre d'une vision réductrice posée sur lui.
Condensés de chiffres, de salaires, de recettes ou de pertes d'argent, naissances et disparitions de stars, ou acharnement médiatique ; ces éléments indissociables du Cinéma n'en sont pas moins, et nous l'avons presque oublié, qu'une dimension secondaire et souvent éloignée de ce qui fait de lui un Art.
L'industrie cinématographique existe, nous ne pouvons la nier, mais ne doit pas faire oublier l'incroyable apport culturel des salles obscures.

Ce forum a donc cette ambition sans doute idéaliste de vouloir parler de tous les cinémas, du plus "petit" film d'auteur, au film dit "commercial", du moment que celui qui y participe pense modestement pouvoir apporter de la réflexion aux autres lecteurs.

Autrement dit, n'hésitez pas à participer !

Note : N'étant pas encore rodé, le forum peut connaître des transformations visuelles et structurelles sur une période plus ou moins grande !

11 octobre 2007

Déconstruire un Mythe



Bob Ford n’est pas un lâche. Car tuer la personne qu’il aime le plus sur terre ne se fait pas par choix.
Jesse James n’est plus, et depuis longtemps, le mythe des livres de son enfance. Jesse ne regrette pas la Mort qu’il sème sur son passage mais la langueur le guette. À chaque instant, ses expressions passent de la curiosité à l’ennui, de la joie à la paranoïa propre à un homme recherché dans plusieurs Etats.
Les sommets de sa carrière sont passés.
De petites rides apparaissent sur son visage fatigué et beau, non camouflées par une caméra qui le filme passionnément.
En éliminant ses anciens compagnons de hold-ups, en intimidant ceux qui restent, en les humiliant, ceux-ci finissent par ne plus assez croire en lui pour continuer à le suivre. Leurs doutes amplifient les siens.

Qu’un tel film existe, né ainsi, dans l’industrie hollywoodienne qu’on connaît, et avec à son origine une star (Brad Pitt étant aussi producteur sur le film) dont on n’attendait plus rien, pour avoir trop attendu son réveil, est un véritable coup d’éclat cinématographique.
Non seulement on assiste à la résurrection d’un genre aussi vieux que le cinéma, mais en plus le film ouvre des pistes de réflexions exceptionnelles en montrant son « héros » le plus représenté hors des bornes qui en faisaient pourtant son attrait.
Le courage de LA star hollywoodienne par excellence, qui offre ici son plus beau rôle, est époustouflant. Son plus beau rôle (qui n’est pas un premier rôle !) car il parle de lui-même, de son statut terriblement lourd et injuste, reposant sur une aura factice, créée par une illusion aussi puissante que celle insufflée par le cinéma sur ses spectateurs.
Son suicide, car il s’agit bien d’un suicide, littéralement mis en scène sur l’instant, puis pour le théâtre, puis pour le cinéma, génère un prologue d’une passionnante poésie sur l’autodestruction liée à la création.
Et sur les cruautés des destins, où aucun courage ne sera applaudi à la fin.

08 octobre 2007

7 images pour tuer Vicky


Vicky Page est, une fois de plus, morte devant mes yeux ce soir.
Michael Powell lui assène le coup fatal plus rapidement qu'avec un couteau.
Une balle ne l'aurait pas atteinte en 7 images.
Lui a juste décidé que les lacets de la danseuse se noueraient en 7 images.
Et comme dans le conte de Andersen, les chaussons rouges l'entraînent vers la Mort.
A trop vouloir danser, Vicky est devenue la victime idéale d'une adaptation ciné.