26 juin 2008

Speed Racer - GO !


Déjà un bide mondial avant d’atteindre les salles françaises, le blockbuster des frères Wachowski était précédé d’une réputation qui sentait le souffre. Une bande-annonce ratée, des résultats aux Etats-Unis parmi les plus catastrophiques de ces dernières années, et s’en était fait de la carrière du film ; ainsi que des critiques qui s’abattent désormais sans scrupule sur une cible facile.
Pourtant, c’est une évidence, Speed racer est d’ores et déjà une œuvre majeure du cinéma du « tout numérique ». Car il réfléchit sur son statut d’expérimentation, et travaille pour une évolution des codes cinématographiques ; cinéma qui évolue à tâtons dans les nouvelles technologies, dangereuses car omnipotentes.
300 ou Beowulf en sont des exemples récents : le numérique est parfois responsable d’un appauvrissement de la pensée dans la création de films, où l’intérêt commercial appuie sur un effet pas si spécial que ça. Les fonds bleus et verts dans lesquels on doit imaginer un espace complet, cohérent et interagir avec lui sont les récifs d’un cinéma peu pertinent.
Dans ces tumultes menaçant de faillite un siècle de recherche dans la construction d’un langage artistique s’adaptant aux diverses trouvailles passagères (la 3D, longtemps gadget des majors) ou de fond (le parlant, le Cinemascope, la couleur etc…), Speed racer marque une nouvelle étape.
Refusant d’avoir à choisir entre un cinéma classique éprouvé (plusieurs citations, telles que le portrait d’Edward G.Robinson dans un arrière plan) et des propositions audacieuses que le numérique offre à ceux qui savent déchiffrer son intérêt profond (et les Wachowski en sont), le film oscille entre Histoire et clairvoyance, que la structure même du film et de certaines scènes théorisent en permanence.
Sublime course « avec » le Passé (et non pas « contre ») que celle qu’entreprend Speed Racer, le héros du film éponyme. Parti sur les traces d’un frère héroïque disparu tragiquement lors d’une course automobile d’une extrême violence, le jeune Speed n’a pour ambition que de coller aux basques de l’image fantomatique de Rex.

C’est ainsi qu’il se retrouve, dès les premières minutes, confronté au record de ce dernier, refusant d’effacer des registres le temps jusqu’ici inégalé de celui qu’il adule encore.
Extrêmement émouvante, cette course contre la montre, contre la mort, mêle les temps imbriqués les uns dans les autres par la beauté du montage. L’Espace du circuit devient le Temps lui-même ; les Wachowski rencontrent Stephen Hawking.
Les flashbacks, qui n’en sont pas vraiment, tellement le récit premier est difficilement « localisable », sont pourtant extrêmement clairs et d’une habileté époustouflante.
De même, les réalisateurs essaient de pousser à de nouvelles extrémités les codes du montage depuis longtemps établis. Les volets des années 40, repris dans les années 70 (notamment par George Lucas, dont l’influence est assumée ici, notamment pour son « indépendance » revendiquée vis-à-vis des studios) sont transformés en gros plans kaléidoscopiques et transitoires sur les personnages, facilités par un détourage à l’ordinateur. Points de vue multiples, nouveaux split-screens, champs et contre-champs en collision dans un même plan.

C’est d’ailleurs à ces mêmes champs contre-champs « classiques » qu’ils s’attaqueront plus tard, sous une autre forme. Lors de la mortelle course dans les montagnes de Casa Cristo, trois de nos héros (Emile Hirsch, Christina Ricci et Matthew Fox), chacun au volant d’une voiture différente parlent stratégie. La caméra virevolte, passant d’un cockpit à l’autre, respectant l’une des fameuses règles cinématographiques, en l’occurrence celle des 180° (pour que les regards des membres d’un dialogue semblent s’échanger, il faut que la caméra reste du même côté d’une ligne imaginaire tracée entre eux ; pour les footeux, la règle est la même lorsqu’un match est filmé : les caméras ne sont placées que d’un coté du terrain pour ne pas troubler la perception). Pourtant, la route qu’ils suivent est pleine de tournants en épingle qui compliquent le « montage en direct » (les réalisateurs se refusant de simplement couper) que les translations numériques de la caméra permettent (par des panoramiques filés, ou des travellings transperçant les surfaces). Celle-ci change alors continuellement de place et d’angles de prise de vue, dynamisant ainsi considérablement l’enjeu de la scène.

La virtuosité d’une caméra qui peut tout n’est cependant pas une fin en soi, et les deux frères à ses manettes savent jouer habilement de ces possibilités. Ils n’en oublient pas néanmoins un montage cut (parfois extrêmement rapide mais le plus souvent limpide) qui trouve son paroxysme avec la victoire finale de Speed, sous les regards éberlués de ses proches et admirateurs (les étonnants choix de Susan Sarandon et John Goodman se retrouvent justifiés par leur recul très inspiré). Les derniers mètres de la course défilent, le bitume s’anime d’hommages à la rotoscopie et au dessin animé « image par image », ancêtres directs d’une technologie trop souvent émancipatrice vis-à-vis de son histoire.
Et une nouvelle fois Andy et Lana Wachowski fomentent une jouissance numérique et binaire (malgré tout, le film entretient ironiquement des stéréotypes tels que les « méchants » et les « héros »), comme ils l’avaient essayés dans Matrix Reloaded (et la scène de gâteau masturbatoire). Seulement, cette fois, l’explosion ne créé non pas de la vulgarité mais plutôt un plaisir immense, né d’une foi totale en un cinéma du présent.

15 juin 2008

Test

I feel spied
googled and listed.
Lost in black,
marked with colors,
approached by shades
when i get the blues.

14 juin 2008

Destruction de la Maison Cairn



Abby Cairn vient de donner naissance à la petite Lily, et le couple qu’elle forme avec Brad est éclatant de bonheur.
Joshua, leur fils aîné, joue pendant ce temps la Marche funèbre sur la mort d’un héros de Beethoven (Sonate pour piano n° 12 en la bémol majeur, opus 26).
L’enfant de neuf ans remet en question sa place dans la famille à l’arrivée de sa sœur. Jaloux des attentions qui, lui semble-t-il ne lui sont plus portées mais plutôt à elle, il glisse peu à peu dans un sadisme lentement distillé, lors des premières semaines de la vie à quatre.
Lily peine à dormir, et sa mère se sent très rapidement rejetée. La dépression postnatale s’empare d’elle, et Brad doit se charger des tâches domestiques, alors même qu’il occupe une place importante dans l’une des tours financières de la ville.
Les cris omniprésents du bébé font vaciller l’équilibre du couple qui refuse une aide extérieure, nounou ou belle-mère.
Joshua répète tranquillement sa sonate pour la fête de l’école.
Pourtant, après les solos catastrophiques de ses camarades de classe en chant ou trompette, il saborde sa propre participation au spectacle en préférant à Ludwig Van une comptine chantée à sa sœur, plus tôt. Il s’applique consciencieusement à placer des fausses notes, sous les regards interrogateurs de ses parents et de son oncle. La chansonnette se transforme peu à peu en composition dissonante étonnamment construite ; bien trop mûre néanmoins pour un enfant si jeune. Joshua s’effondre, épuisé.
Scène épatante, aussi bien écrite que réalisée, elle marque la personnalité manipulatrice du garçon qui, bientôt, passera à la destruction minutieuse de ses proches. Persuadé qu’il n’est pas aimé par eux « car ils n’en sont pas obligés », sa vengeance sera de faire qu’ils soient eux-mêmes incapables d’être aimés (révélation finale, dans les glaçantes paroles chantées à son oncle).
La construction de son piège est terrifiante de précision, jouant à la fois sur les réactions prévisibles de ses proches que sur celle d’une société qui considère les enfants comme purs.
Tous les indices qui prouvent la personnalité déviante de Joshua se retournent contre Brad (les dessins ; la vidéo ; les coups qu’il s’inflige), le seul à percevoir les motivations cruelles de sa progéniture.
On touche alors à la structure même de l’intrigue, d’inspiration religieuse (Josué portant la parole de Dieu après la mort de Moïse ; Livre de Josué).
Hazel, la grand-mère de Joshua avait prévenu : l’appartement des Cairn n’est pas une Maison, au sens biblique du terme. Ceux-ci n’ont pas vocation à fonder une famille solide, car leur fondation est fragile. Aucun futur à leur bonheur.
Joshua, provoquant son père, lui demande de regarder la maison en cubes de bois qu’il a construite. Avant de retirer celui qui tenait les autres debout.

10 juin 2008

Gros-Câlin {Gary-Ajar}

J'avais une envie terrible d'être remarqué par le professeur Tsourès, comme si j'étais un massacre, moi aussi, un crime contre l'humanité. Je rêvais qu'il m'invitait chez lui, on devenait amis, et après le dessert, il me parlait de toutes les autres horreurs qu'il avait connues, pour que je me sente moins seul.
La démocratie peut être d'un grand secours.
[...] Les savants soviétiques croient d'ailleurs que l'humanité existe et qu'elle nous envoie des messages radios à travers le cosmos.

04 juin 2008

Trompe-l'œil


Superbe affiche pour le superbe film quarantenaire de Roy Andersson.
Elle révèle ce que le film est, en cachant ce qui est peu vendeur.
Les deux amants dans la brume n'ont pas encore 14 ans, mais ils font comme s'ils en avaient 20.
L'affiche aussi.

02 juin 2008

Ce que l'on montre {ou pas}

Le cinéma est un art cruel. S’il a su par la photogénie chère à Epstein révéler la beauté des plus doux visages, par des éclairages triangulaires millimétrés, lissant les peaux, dessinant des ombres gracieuses, longs cils et fines silhouettes aux nouvelles icônes, il a pu atteindre une cruauté inédite en refusant la monstration.

Exemple frappant que le sort réservé à la mythique Mrs. Robinson, détournant le jeune Benjamin de son parcours prévisible. Ce dernier lui reproche l’aspect seulement charnel de leur relation et engage une conversation qui se révèle très difficile pour la femme adultère.
L’étudiant, dans un accès de colère arrache le drap qui recouvre le corps encore attirant de celle qui n’aura jamais de prénom.

Et Mike Nichols de lui refuser à présent l’érotisme qu’elle inspirait auparavant.
Non seulement Mrs. est durement cadrée aux épaules, mais elle devra effectuer un lent et long geste pour rabattre la couverture sur ce qui ne sera plus jamais désiré.
Ceci, la caméra l’a suivi patiemment.