26 février 2008

De ce qu'apporte l'or


Comme le remarque le New York Times, beaucoup d’or va s’exporter cette année hors de la Cité des Anges. Les Coen ont leur QG à New York, le moindre mal par rapport à la razzia des européens aux Oscars dans la nuit de dimanche à lundi.
Tilda Swinton a trouvé une jolie image, assez provocante, en déclarant que la soirée avait été « une grande victoire pour les Celtes », Anglais (elle, donc, pour le meilleur second rôle féminin), Irlandais (le film Once ayant reçu l’Oscar de la meilleure chanson), Espagnol (Javier Bardem pour son hallucinante performance de No country for old men) et Français (Marion Cotillard, bien sûr, mais aussi l’Oscar des meilleurs maquillages ainsi que celui du meilleur court-métrage en prises de vues réelles).
Surtout que si Bardem était archi favori dans sa catégorie, Swinton coiffe sur le poteau Cate Blanchett et son interprétation inoubliable de Bob Dylan dans I’m not there, et Cotillard déjoue tous les pronostics en doublant dans la dernière ligne droite Julie Christie (pour le fade Away from her) et l’outsider indie Eileen Page (Juno).

Marion Cotillard a été impressionnante dans sa présence médiatique ce dernier mois aux Etats-Unis, pour faire prévaloir son beau rôle aux votants de l’Académie, le film n’ayant pas été le succès escompté outre-Atlantique.
La consécration quand elle passe chez Oprah Winfrey, gagnant les faveurs d’un public qui commence à la reconnaître, à prononcer son nom comme celui d’Audrey Tautou ou Isabelle Adjani quelques années plus tôt.
Lorsqu’elle reçoit le Golden Globe de la meilleure actrice (mais dans la section « comédie ou comédie musicale », quand Julie Christie remporte celui de la section « drame »), l’événement est amoindri par la grève des scénaristes hollywoodiens qui transforme la soirée glamour en triste liste de vainqueurs.
Quelques jours plus tard pourtant, elle remporte le BAFTA dans le pays natal de sa principale concurrente et on commence à croire à un « Grand Chelem » Golden Globe-BAFTA-César (qu’on lui aurait presque décerné avant la cérémonie)-Oscar.
Le César suit, bien évidemment, mais j’ai tendance à penser que la concurrence était plus rude dans la compétition française (avec le jeu psychotique de la maintenant habituée du théâtre du Châtelet Isabelle Carré pour Anna M., ainsi que celui plus étonnant puisque étrangement sobre de Cécile de France dans le très beau Un secret) que dans l’américaine.
Elisabeth : Golden Age ayant été massacré par la critique et un bide au box-office, Cate Blanchett était presque automatiquement évincée de la course (surtout qu’on lui promettait la statuette du second rôle) ; Laura Linney n’arrivant pas à faire parler d’elle, et ce depuis des années malgré ses interprétations majeures dans de nombreux films ; Eileen Page souffrant malgré tout d’un statut de « révélation » dans un pays qui ne les encourage pas (pas de prix du « meilleur espoir ») ; Cotillard n’avait finalement qu’à insister sur la distance entre son personnage d’Edith Piaf dans le film, plus vraie que nature, et sa beauté glamour de tapis rouge pour dépasser Christie, déjà détentrice d’un Oscar pour Darling en 1965, mais victime d’une froideur peu télévisuelle.

Pas de dénigrement de la belle victoire de Marion Cotillard dans cet article ! Juste une inquiétude d’un admirateur de longue date.
Oui, je le rappelle, je peux me vanter d’avoir défendu l’actrice assez tôt dans sa carrière, même quand elle était loin des grands rôles qu’on lui propose maintenant. Ne supportant pas la série des Taxi qui l’ont révélée au grand public (et à moi), j’avais cependant déjà l’impression qu’elle était l’un des rares atouts de ces films. Son premier "vrai" rôle principal (celui de jumelles explosives) dans le mauvais Les jolies choses montrait à son tour qu’elle était capable de créer des personnages intéressants dans des films râtés.
Il a fallu que Jean-Pierre Jeunet se penche sur sa jeune carrière et lui offre un second rôle en or, pour lui ouvrir les portes des Césars pour la première fois. Sa Tina Lombardi, présente à l’écran que quelques minutes dans Un long dimanche de fiançailles m’avait ému presque aux larmes dans sa composition de veuve vengeresse. Meilleure scène du film (en dehors des batailles bien sûr !), Cotillard a créé le personnage le plus émouvant dans ce film où il n’en manque pourtant pas (joués surtout par des pointures telles que Tautou, Daroussin, Lavant, Foster, Dussollier etc…). Elle remporte le prix du meilleur second rôle féminin.
L’année précédente, Burton l’avait choisie pour son rôle secondaire de française type (Big Fish), comme Ridley Scott l’année dernière (A good year).
Mais c’est aujourd’hui que sa carrière commence réellement. Avant même les résultats des Oscars, elle était choisie par Michael Mann pour jouer la femme de Johnny Depp dans Public Enemies, also starring Christian Bale et Giovanni Ribisi.
Rob Marshall, le réalisateur du multi-oscarisé (à tort, cette fois-ci) Chicago la choisit à son tour pour rejoindre Javier Bardem dans sa comédie musicale Nine, aux côtés de Penelope Cruz, Catherine Zeta-Jones et Sophia Loren.

C’est donc avec bienveillance que je lui souhaite bonne route, mais aussi avec dépit.
La belle Marion va maintenant coûter bien cher…

11 février 2008

Le cinéma indépendant américain et sa gangrène


Les films sortant du Festival de Sundance se ressemblent, comme les maisons de banlieues dans lesquelles vivent leurs personnages.
L’environnement de Juno est à peine moins excentrique que celui de la petite Miss Sunshine, mais tout aussi faussement déjanté que celui de Moi, toi et tous les autres.
On suit des héros qui n’en sont pas, et on ne peut que les aimer. Ils ont ce qu’il faut d’humour, ce qu’il faut de déprime, ce qu’il faut de rage.
Mais ont-ils une âme ?

La course aux films sympathiques, possible blockbuster à petit budget, aux BO chiadées et abordant des sujets de moins en moins osés et/ou dérangeant qui faisaient l’intérêt du Festival (avec les films violents de Tarantino ou Avery, marginaux de Haynes, Clark ou Smith, engagés de Lee, Russell ou Troche) sont la maladie inoculée par Hollywood dans ce système qui lui échappait jusqu’ici.
Les stars elles-mêmes s’immiscent dans ces films (on se rappelle de Bruce Willis dans Fast Food Nation, Mme Tom Cruise Katie Holmes dans Thank you for smoking…) qui jusqu’ici les créaient parfois (les fabuleuses Laura Linney ou Julianne Moore… ; Ellen Page ou Abigail Breslin pour la nouvelle génération…).

Ça n’inquiète que moi ?

07 février 2008

Cloverfield, recyclage numérique


Deux choses : l'une, c'est que le film se regarde très bien, grâce notamment à un rythme très soutenu (il est vrai que le film est très court, mais c'est justement un choix important).
L'autre, c'est qu'il n'y a rien de nouveau dans ce film.

La technologie numérique n'apporte en soi rien de plus au "témoignage" apporté par les morceaux de vie présentés ici. Blair Witch Project avait le même "vérisme", avec une caméra 16mm (ou 8 ?) et une caméra vidéo, et un son désynchrone sur magnétophone (DAT ?).
Bien entendu, les effets spéciaux dépendent énormément de cette technologie numérique, et c'est dans ce sens très réussi.
Mais l'intérêt du film est, comme souvent dans les films "de monstre", dans ce qu'on ne voit pas. La peur est dans le hors champ (Alien), le non visible ou "mal visible" (Jaws) ou ici, du moins au début du film, dans la coupe.
Cependant, le film joue sur la technologie, étirant les limites parfois à outrance, sans que ça néanmoins soit trop irréaliste (profondeur de champ et zoom impressionnants pour une caméra amateur ; plans longs) de faire durer les plans longtemps. Le réalisateur alterne assez habilement donc entre le "montage interdit" (aaaah Bazin ; soit la théorie disant que quand deux éléments ont une importance qui dépend l'un de l'autre, le montage est "interdit", ou ne peut que nuire au film et au suspense : ici, il faut mettre dans le même plan la créature avec les héros ou les soldats, en même temps) et les coupes assez fréquentes, qu'elles soient "volontaires" de la part du caméraman (quand il appuie sur le bouton marche/arrêt), faisant ainsi du montage direct ; soit involontaires (dysfonctionnement de la caméra, trop chahutée ; rembobinage...).
La très jolie idée, c'est de combiner deux passés : le film catastrophe et la romance, l'un effaçant l'autre sur une cassette qu'on a oublié de remplacer. Différents dispositifs font qu'on passe de l'un à l'autre, souvent pour augmenter une ironie déjà très présente durant le film.

Très impressionnant, le film passe sans arrêt d'une échelle réaliste, proche des personnages principaux qui disparaissent les uns après les autres (code des genres, et "de monstre", et catastrophe) puis, parfois dans le même plan, à une vision plus globale, nettement "spectaculariste", entraînant parfois des éléments de scénario maladroits mais finalement très efficaces (avec l'incroyable quête entreprise, comme dans les livres de chevalerie, des trois amis pour retrouver la copine de l'un d'eux, en haut d'un donjon moderne, menacés par un dragon improbable).

Des scènes se détachent mais toutes renvoient cependant à des films connus : on retrouve évidemment les deux références citées partout (Godzilla et Blair Witch Project), mais aussi La guerre des mondes (la version de Spielberg, et la scène du pont, et le filmage à hauteur d'homme), Children of men (avec la contre attaque des soldats en plan long), the Descent (et le filmage infrarouge, dans un tunnel, lors d'une attaque de monstre)...
Assez asceptisé, il se détache néanmoins parfois avec des scènes assez sanglantes, et notamment celle très bien sentie de "l'explosion" de Marlena (bombe humaine ?).
Bien évidemment, le spectre du terrorisme n'échappe pas aux doutes du début du film (une réplique notamment, mais aussi les présentateurs télé se demandant : "que voit-on tomber ?" : ce ne sont plus les corps du World Trade Center, mais des monstres miniatures), de manière assez logique, un peu trop systématique, mais assez vite éludé (après tout, le genre renaît depuis le 11/09).
En parlant de genre, on semble même revenir à la source du genre "film catastrophe", avec une réminiscence de mélodrame, avec ce plan extrêmement esthétisé, faussement "mal cadré', sur le héros embrassant sa dulcinée dans un brouillard de fumée. Une boucle est bouclée.

03 février 2008

Yoyo du cinéma


Emotion à l'état pur.
Voir un visage ce soir, à la télé, à 2h40 du matin.
Celui vieilli du clown Pierre Etaix.
Paradoxe : je n'ai vu aucun de ses films. Et pour cause ! Comme il est venu le raconter chez Ruquier, ses films ont été détournés par un faux producteur véreux, plongeant son œuvre dans la partie triste de l'Histoire du Cinéma : celle qu'on oublie.
Je n'ai vu aucun de ses films, donc, mais je connais ses traits par cœur.
J'ai des frissons dès que j'entends son nom, ou que je vois ses yeux rieurs (mais ailleurs), et ses dents écartées.