
Comme le remarque le New York Times, beaucoup d’or va s’exporter cette année hors de la Cité des Anges. Les Coen ont leur QG à New York, le moindre mal par rapport à la razzia des européens aux Oscars dans la nuit de dimanche à lundi.
Tilda Swinton a trouvé une jolie image, assez provocante, en déclarant que la soirée avait été « une grande victoire pour les Celtes », Anglais (elle, donc, pour le meilleur second rôle féminin), Irlandais (le film Once ayant reçu l’Oscar de la meilleure chanson), Espagnol (Javier Bardem pour son hallucinante performance de No country for old men) et Français (Marion Cotillard, bien sûr, mais aussi l’Oscar des meilleurs maquillages ainsi que celui du meilleur court-métrage en prises de vues réelles).
Surtout que si Bardem était archi favori dans sa catégorie, Swinton coiffe sur le poteau Cate Blanchett et son interprétation inoubliable de Bob Dylan dans I’m not there, et Cotillard déjoue tous les pronostics en doublant dans la dernière ligne droite Julie Christie (pour le fade Away from her) et l’outsider indie Eileen Page (Juno).
Marion Cotillard a été impressionnante dans sa présence médiatique ce dernier mois aux Etats-Unis, pour faire prévaloir son beau rôle aux votants de l’Académie, le film n’ayant pas été le succès escompté outre-Atlantique.
La consécration quand elle passe chez Oprah Winfrey, gagnant les faveurs d’un public qui commence à la reconnaître, à prononcer son nom comme celui d’Audrey Tautou ou Isabelle Adjani quelques années plus tôt.
Lorsqu’elle reçoit le Golden Globe de la meilleure actrice (mais dans la section « comédie ou comédie musicale », quand Julie Christie remporte celui de la section « drame »), l’événement est amoindri par la grève des scénaristes hollywoodiens qui transforme la soirée glamour en triste liste de vainqueurs.
Quelques jours plus tard pourtant, elle remporte le BAFTA dans le pays natal de sa principale concurrente et on commence à croire à un « Grand Chelem » Golden Globe-BAFTA-César (qu’on lui aurait presque décerné avant la cérémonie)-Oscar.
Le César suit, bien évidemment, mais j’ai tendance à penser que la concurrence était plus rude dans la compétition française (avec le jeu psychotique de la maintenant habituée du théâtre du Châtelet Isabelle Carré pour Anna M., ainsi que celui plus étonnant puisque étrangement sobre de Cécile de France dans le très beau Un secret) que dans l’américaine.
Elisabeth : Golden Age ayant été massacré par la critique et un bide au box-office, Cate Blanchett était presque automatiquement évincée de la course (surtout qu’on lui promettait la statuette du second rôle) ; Laura Linney n’arrivant pas à faire parler d’elle, et ce depuis des années malgré ses interprétations majeures dans de nombreux films ; Eileen Page souffrant malgré tout d’un statut de « révélation » dans un pays qui ne les encourage pas (pas de prix du « meilleur espoir ») ; Cotillard n’avait finalement qu’à insister sur la distance entre son personnage d’Edith Piaf dans le film, plus vraie que nature, et sa beauté glamour de tapis rouge pour dépasser Christie, déjà détentrice d’un Oscar pour Darling en 1965, mais victime d’une froideur peu télévisuelle.
Pas de dénigrement de la belle victoire de Marion Cotillard dans cet article ! Juste une inquiétude d’un admirateur de longue date.
Oui, je le rappelle, je peux me vanter d’avoir défendu l’actrice assez tôt dans sa carrière, même quand elle était loin des grands rôles qu’on lui propose maintenant. Ne supportant pas la série des Taxi qui l’ont révélée au grand public (et à moi), j’avais cependant déjà l’impression qu’elle était l’un des rares atouts de ces films. Son premier "vrai" rôle principal (celui de jumelles explosives) dans le mauvais Les jolies choses montrait à son tour qu’elle était capable de créer des personnages intéressants dans des films râtés.
Il a fallu que Jean-Pierre Jeunet se penche sur sa jeune carrière et lui offre un second rôle en or, pour lui ouvrir les portes des Césars pour la première fois. Sa Tina Lombardi, présente à l’écran que quelques minutes dans Un long dimanche de fiançailles m’avait ému presque aux larmes dans sa composition de veuve vengeresse. Meilleure scène du film (en dehors des batailles bien sûr !), Cotillard a créé le personnage le plus émouvant dans ce film où il n’en manque pourtant pas (joués surtout par des pointures telles que Tautou, Daroussin, Lavant, Foster, Dussollier etc…). Elle remporte le prix du meilleur second rôle féminin.
L’année précédente, Burton l’avait choisie pour son rôle secondaire de française type (Big Fish), comme Ridley Scott l’année dernière (A good year).
Mais c’est aujourd’hui que sa carrière commence réellement. Avant même les résultats des Oscars, elle était choisie par Michael Mann pour jouer la femme de Johnny Depp dans Public Enemies, also starring Christian Bale et Giovanni Ribisi.
Rob Marshall, le réalisateur du multi-oscarisé (à tort, cette fois-ci) Chicago la choisit à son tour pour rejoindre Javier Bardem dans sa comédie musicale Nine, aux côtés de Penelope Cruz, Catherine Zeta-Jones et Sophia Loren.
C’est donc avec bienveillance que je lui souhaite bonne route, mais aussi avec dépit.
La belle Marion va maintenant coûter bien cher…







