Quelle étrange créature vivait avec Boulou.
Un jeune homme, déjà vieux, tout de mollesse construit.
Mous ses mouvements, et molles ses intonations.
Cohérent, il entourait sa longue carcasse d'une doudoune plumée - molle - qui amortissait ses moindres intentions.
Cuisinait-il ? Il faisait des patates à l'eau, et ouvrait du thon en boîte - à ouverture facile.
Mangeait-il ? Directement dans la boîte du thon ; et la patate, à la cuillère.
Nettoyait-il ? Non.
Quand Boulou s'étonnait - et cela lui arrivait souvent - il demandait : "Pero...¿Tienes frio?" ("Mais... Tu as froid ?").
Et Ounepoco de répondre : "Un poco" ("Un peu").
Alors même que Boulou surnageait dans sa sueur des premiers jours chauds bouillants.
En se mordant les joues pour ne point rire, il enchaînait tel un aventurier à la tendre folie : "Parece buena la comida, ¿no?" ("Ça a l'air bon ta bouffe").
Ounepoco répondait alors, au grand dam de Boulou, autant que pour son plaisir recherché : "Pues, regulaaar" ("Eh bien, plutôt").
Boulou avait donc décidé de l'appeler "Ounepoco Regoular", dont le diminutif serait Ounepoco.