13 septembre 2007

In the Mouth of Darkness


Je parlais ici même il y a quelques mois du merveilleux épisode de John Carpenter pour la série Masters of Horror - Cigarette Burns (La Fin Absolue du Monde). Ce film au scénario implacable illustrait le pouvoir que pouvait avoir le cinéma sur des cinéphiles par définition influençables.
Mon engoûement vis-à-vis de ce film n'était pourtant en rien comparable à celui que j'éprouve désormais pour ce qui est sans doute l'un des meilleurs films du grand Carpenter, In the Mouth of Darkness. Sortit en 1995, ce film est resté peu connu, victime sans doute à la fois des autres grands films de son auteur (on ne peut pas accumuler trop de films cultes comme The Thing, Fog ou Christine ; certains doivent en pâtir) mais aussi du traitement de son histoire, en faisant sans doute l'un des films les plus terrifiants jamais tourné.
Avec un rythme infernal, John Trent (Sam Neill, plus inspiré que jamais), agent en assurance, tente de trouver des réponses aux questions soulevées par la disparition de Sutter Cane, auteur de livres lovecraftiens, "écrasant Stephen King" tant en nombres de recettes qu'en fanclubs. Persuadé d'un coup marketing rondement mené, il décide de trouver où se cache l'auteur de livres plus sordides les uns que les autres, tandis que le monde semble sombrer petit à petit dans l'horreur. Aidé par une assistante de la maison d'édition du citoyen Cane, ils tentent par tous les moyens d'accéder à la bourgade au nom peu accueillant de Hobb's End, source d'inspiration de l'auteur.
Tout s'emballe. Impossible de sortir de ce Pleasantville inversé, où la violence pure a trouvé son berceau.

Encore une fois, ce qui est passionnant dans ce film, c'est sa capacité de parler de lui-même, et même de tous les actes de création possibles. Rarement la question aura été posée aussi frontalement, puisqu'un long dialogue du film repose sur cette même question : qu'est ce que la réalité ? comment la représenter ? Le sujet du film, en somme.
Carpenter développe à l'infini ses propres pistes. Pour lui, les réponses à ces questions reposent dans le fonctionnement même du tournage d'un film : on tourne plusieurs fois une scène pour ne sélectionner au final qu'une prise : la plus juste, la plus "vraie".
Or, à la fin de ce film, John Trent va se voir dans un certain film nommé "In the Mouth of Darkness". Le film est monté différemment, avec des prises alternatives qui, accumulées, amplifient maintenant la folie du personnage (sa réalité à présent) quant elles se voulaient sobres, proche du personnage, à la première vision.
John Trent nous aura donc paru rétrospectivement fou du début à la fin. C'est juste une question de sélection.
Pourtant la structure narrative du film nous avait prévenu, Trent s'écriant au début, dans sa cellule de l'asile : "je ne suis pas fou !". Et les fous, comme autant d'Erasme, s'écriant à leur tour : "moi non plus, je ne suis pas fou !"

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