
Bob Ford n’est pas un lâche. Car tuer la personne qu’il aime le plus sur terre ne se fait pas par choix.
Jesse James n’est plus, et depuis longtemps, le mythe des livres de son enfance. Jesse ne regrette pas la Mort qu’il sème sur son passage mais la langueur le guette. À chaque instant, ses expressions passent de la curiosité à l’ennui, de la joie à la paranoïa propre à un homme recherché dans plusieurs Etats.
Les sommets de sa carrière sont passés.
De petites rides apparaissent sur son visage fatigué et beau, non camouflées par une caméra qui le filme passionnément.
En éliminant ses anciens compagnons de hold-ups, en intimidant ceux qui restent, en les humiliant, ceux-ci finissent par ne plus assez croire en lui pour continuer à le suivre. Leurs doutes amplifient les siens.
Qu’un tel film existe, né ainsi, dans l’industrie hollywoodienne qu’on connaît, et avec à son origine une star (Brad Pitt étant aussi producteur sur le film) dont on n’attendait plus rien, pour avoir trop attendu son réveil, est un véritable coup d’éclat cinématographique.
Non seulement on assiste à la résurrection d’un genre aussi vieux que le cinéma, mais en plus le film ouvre des pistes de réflexions exceptionnelles en montrant son « héros » le plus représenté hors des bornes qui en faisaient pourtant son attrait.
Le courage de LA star hollywoodienne par excellence, qui offre ici son plus beau rôle, est époustouflant. Son plus beau rôle (qui n’est pas un premier rôle !) car il parle de lui-même, de son statut terriblement lourd et injuste, reposant sur une aura factice, créée par une illusion aussi puissante que celle insufflée par le cinéma sur ses spectateurs.
Son suicide, car il s’agit bien d’un suicide, littéralement mis en scène sur l’instant, puis pour le théâtre, puis pour le cinéma, génère un prologue d’une passionnante poésie sur l’autodestruction liée à la création.
Et sur les cruautés des destins, où aucun courage ne sera applaudi à la fin.
2 commentaires:
C'est sûr nous irons voir "L'assassinat de Jess James par le lâche Robert Redford",
Oeuvre incontournable en ce mois d'octobre 2007.
Dans un autre registre, je voudrais te demander si tu serais favorable à un forum libre ouvert aux cinéphiles sur ton blog.
Voilà, ce vendredi 12/10, je sors juste de visionner
"Regarde-moi" de Audrey ESTROUGO et j'ai une question à poser au professionnel, question que je ne savais pas où placer et que j'estime assez cruciale :
Yo !
Je sors du visionnage de "Regarde moi" de Audrey ESTROUGO. Quelque chose m'a gênée. Ce "quelque chose" doit certainement gêner de nombreux spectateurs : la difficulté à comprendre certains passages des dialogues qui nous échappent soit parce que les acteurs n'articulent pas assez car la diction des banlieues est rapide et, principalement, parce que nous ne sommes pas familiers du langage et de la syntaxe des banlieues. Est-il envisageable de sous-titrer (carrément!) ce genre d'oeuvre à l'attention des "bourgeois" que nous sommes.
J'ai ressenti le même problème au visionnage de "L'esquive", les acteurs "bouffant" carrément les mots par moments.
Que disent les réalisateurs de ces films à ce sujet ? Est-ce un choix militant de leur part de ne pas sous-titrer ?
Ceci dit, concernant "Regarde moi": remarquable la qualité du jeu des acteurs, remarquables les cadrages des visages.
Yo !
signé : lolobec
Pour ta question sur le forum, le timing m'étonne. Ma mère t'a-t-elle parlé de mon projet ? Je suis justement en train d'essayer de créer un "vrai" site de cinéma, avec en particulier un forum ouvert à tous pour parler du cinéma qu'on aime. Ce qui finalement existe peu sur internet, les forums étant régulièrement poussés plus vers l'intéret des chiffres du box office que vers l'argumentation dans les "critiques".
Quant à ta question sur le langage au cinéma (je n'ai pas encore vu Regarde-moi, et j'ai peur de l'avoir manqué), elle est extrêmement intéressante, et mérite justement d'être posée sur le futur forum. Ce sera plus simple et plus lisible d'en parler "là-bas" !
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