29 janvier 2009

D'Emma, de Laura, d'April


Je me souviens d'une année de lycée, quand mon frère devait lire Madame Bovary pour son cours de français et que, n'avançant pas très rapidement (mais qui lit Madame Bovary rapidement ?), ma mère lui demandait pour vérifier : "Et elle fait quoi Madame Bovary, maintenant ?".
Et mon frère qui répondait, sans changer un mot toutes les nombreuses fois où on lui posa la question : "Elle regarde par la fenêtre et il pleut...".

Ce résumé de génie s'appliquerait bien au dernier film de Sam Mendès, le réalisateur britannique très inspiré depuis son coup d'éclat avec American Beauty, puis The Road to Perdition, Jarhead et cette année le puissant Revolutionary Road.

S'il ne pleut, il me semble, qu'au début du film, avant l'accalmie dans la relation du couple quand ils décident de partir à Paris, ils regardent de nombreuses fois par la fenêtre. Ils lancent des regards désespérés vers la maison voisine ; l'herbe y est peut-être plus belle ?
Non, c'est le même gazon vert, bien tondu. Et ils ne veulent que fuir.

Revolutionary Road est un peu comme une version longue du "segment Julianne Moore" du film The Hours d'un autre anglais, Stephen Daldry (le père de Billy Elliot), où une mère de famille des 50's était bouleversée par les mots de Virginia Woolf, au point d'envisager de se suicider comme elle.

Laura (Moore) et April (Winslet) sont des Bovary modernes.
Ne finissent-elles pas toutes trois par quitter leur famille, chacune à leur manière ? Haïssant ce qu'elles sont devenues, haïssant leur époux modèle, haïssant leurs enfants, ou ce qu'ils représentent.
April ne couche-t-elle pas avec son voisin dans une voiture, comme autrefois Madame Bovary dans la calèche ?
Changement des temps cependant : cette fois-ci, la caméra est dans la voiture.
Mais si elles sont "héroïnes" de la moitié du siècle dernier, elles évoquent bien entendu notre époque qui n'a pas vraiment changé. Les rêves comptent toujours autant dans la vie, et finissent souvent brisés comme ceux d'Emma ; une ancêtre, en somme.

12 commentaires:

Rosalia Linde a dit…

Je suis desolée de n'avoir pas allée avec toi au cinéma pour voire ce film. Maís par les mots que tu as écrit sur le film, il pareil qu'il n'est pas trop intéressant. J'ai lu Madame Bovary, et, en effet, c'est un roman qui reste au dernière siècle, mais il porrait être une prémise du directeur ou peut être, que c'est ton opinion. Je ne peux pas opiner, parce que je ne connais pas le film. La prochaine fois, rappelle mois avec le temps suffit pour me planifier. Il est étonnante ton facilitè pour écrire des articles du cinéma avec ton critère et la magie qui sort de ta plume. Besitos.


Rosalía

Le Rêveur a dit…

No entiendo Rosalia. Dices que la peli parece mala ? aburrida ?

pienso el opuesto : es una pelicula realmente bonita, pero sobre el fastidio (no sé si se dice) y los sueños ; pero hablar de todo esto no quiere decir que la peli es aburrida. ¡ Tienes que verla tambien !

Anonyme a dit…

Alors moi, je n'ai qu'une chose à dire : je ne comprends pas !

Le Rêveur a dit…

tu comprends pas quoi ? l'article ?

Cosmic-Anaïs a dit…

Et je pense qu' "elles" (de bovary à april etc) se prenaient la tête pour pas grand chose ou l'art de se compliquer l'existence.
HAHAHA . ça fait longtemps que j'ai arrêté de penser. (je sais tu vas dire "on s'en est rendu compte" mais je préfère être une imbécile heureuse qu'une intelligente triste).
Les "Noces Rebelles" (pour le titre français) est le film qui m'a le plus déprimée depuis "le Pianiste", de Polanski .
Et je ne crois pas que ce soit nécessaire, actuellement.
A mes yeux cinéma = faire rêver.
Voir un film où des gens se disputent, dépriment, pleurent, se déchirent ou se regardent le nombril, je ne trouve pas ça passionnant, même si c'est la vie. Sutout si c'est la vie.

Le Rêveur a dit…

te fous pas de ma gueule. le pianiste est un de tes films préférés (si ce n'est ton film préféré).

toi qui aime bukowski et tout ces auteurs déprimants, comment tu peux dire ça ?

tu sais très bien que ce sont les œuvres les plus désespérées qui sont aussi les plus belles. pas parce qu'elles sont déprimantes : mais parce qu'elles sont déprimantes parce qu'elles parlent d'un idéal.

Cosmic-Anaïs a dit…

Bukowki, ce n'est pas déprimant du tout. C'est délirant. Le pianiste m'a déprimée, mais j'idolâtre ce film (l'un n'empêche pas l'autre). Dorothy Parker, c'est dépressif comme littérature, mais drôle, car la tristesse est traité avec beaucoup de recul et d'humour.
le dernier sam mendes est sublime, sincèrement, techniquement excellent, d'une qualité rare. Mais le fait est que, "scénaristiquement", je ne retiendrai pas ce film. C'est traité avec une gravité qui plombe définitivement le spectateur.
On aime ou on n'aime pas. C'est une question de caractère.
"Les oeuvres les plus désespérées sont aussi les plus belles". C'est la plupart du temps exact. Mais pour autant que je sache, est-ce que ces oeuvres, dont tu parles, sont aussi les plus "désespérantes" ??...il me semble, pour ne citer qu'un auteur, que Bukowski, -comme tu le cites également, n'écrit pas des textes désespérants. Pas du tout. Je ne crois pas que la nouvelle "les douze singes volants qui ne savaient pas baiser", des "contes de la folie ordinaire", soit désespérante. Hilarante, oui.
C'est une question de subtilité et de recul sur soi.
Et de parti pris.

Le Rêveur a dit…

Revolutionary Road ne manque pas d'humour. Pendant une bonne partie du film j'avais un sourire sur les lèvres parce que c'est une belle histoire. Ensuite elle tourne mal.
Mais elle devait être racontée. Et je suis bien content que Mendès n'ait pas cédé à la facilité. Pas d'espoir final, qui de toute façon reviendra, hors du regard du spectateur. Je veux dire : son film est tellement "réaliste" qu'on ne doute pas un instant que la vie continue. Et c'est bien pour cela qu'il ne finit pas sur DiCaprio mais sur le mari de Katie Bates (même pas sur Katie Bates elle même !!! que c'est osé et fort, et même totalement hilarant). Finir sur cette touche d'humour désespéré, c'est très beau.
Quant à Bukowski, je ne parlais pas de l'écriture. Evidemment que c'est très drôle. Mais ce sont aussi des situations parmi les plus graves que j'ai jamais lues ; des personnages perdus "pour toujours".
Ça me paraît presque plus déprimant que ce film :)

Rosalia Linde a dit…

Peut être que je n'ai bien compris. Je dois voire le film, et aprés je te donnairai mon opinion. J'aime les perssonages difficiles, surtout s'ils sont bien perfilés. Ce n'est pas important si le film est triste ou s'il a des histoires heureuses. J'aime le bon cinèma et bien que quelques fois nous ne sont pas d'accord avec notre goûts, je suis sûre que tu as un bon critère. Tu devrai être critique du cinema. Un besito.


Rosalía

Le Rêveur a dit…

Si, claro, tienes que verlo. Pienso que te gustaria ademas.

Petit Prince a dit…

Je suis tombé sur ce blog par hasard et je trouve que le premier paragraphe de la critique est absolument génial !
La meilleure critique du film que j'ai lue jusque là :)

Le Rêveur a dit…

merci nicolas !
et donc merci à mon frère, parce que je n'ai fait que retranscrire :)