28 avril 2006

Margo et Eve

Le choix du premier article doit être le plus crucial dans la carrière d'un critique. Ainsi, j'ai bien dû chercher pendant des heures le film qui aurait l'honneur ultime d'apparaître en premier sur mon blog. Le choix a été fait et j'ai finalement décidé de publier un article que j'ai écrit il y a quelques mois pour le journal de mon école qui n'a pas vu le jour depuis...
Et ce n'est justement pas une critique mais plutôt la traduction du sentiment nostalgique que je ressens lorsque je vois face à face dans la rue des affiches faites respectivement pour une exposition sur le patrimoine cinématographique (en l'occurence Paris au Cinéma) et des affiches de films récents, plus ou moins bons. Ce texte, on m'a dit qu'il n'est pas compréhensible, qu'on ne voit pas de quoi je parle mais je l'aime bien, alors tant pis.


Margo a le visage de la célébrité. De la personne familière, que tout le monde connaît et que personne ne conteste, même si plus beaucoup ne s’y intéresse. Il n’y a pas de mépris quant à sa carrière mais plutôt un désintérêt. On connaît.
Eve tient de ces personnes qu’on croit ne jamais pouvoir oublier quand on les croise dans la rue. Elle est jeune, vient de se faire connaître et bientôt sera reconnue. Elle est fraîche, pleine de promesses et de questions. Elle n’est peut-être qu’un effet de mode. Le prodige attendu ne s’épanouira pas, faute de talent réel. Peut-être la pression a-t-elle été trop forte. On a trop espéré, on a été déçu. Suivante… Mais peut-être vaut-elle le coup ! Elle étonne, film après film et peu à peu se créé son image et sa place dans le cœur du spectateur.
Ces deux beautés se côtoient constamment sur les façades des cinémas parisiens. Parfois face-à-face, toujours opposées. Malgré le charme de Margo, Eve aura toujours plus de succès. Eve a la promotion de son film à la télé, est placardée sur les côtés des bus et les jeunes n’ont que son nom à la bouche.
Margo, elle, n’a qu’un coin de page réservé sur le Pariscope de la semaine (et autant de salle) quand une rétrospective de sa carrière est organisée à la Cinémathèque ou dans les Actions du Quartier Latin.

Eve vient de jouer un rôle que Margo avait interprété des années auparavant. Elle avait même reçu un prix important dans une cérémonie tout aussi importante… Mais c’est d’Eve dont on parle. « Le personnage, et votre jeu, sont incroyables ! Comment avez-vous préparé ce rôle ? » lui demande-t-on.
Pour peu que Eve soit cinéphile (ou briffée par le producteur), elle dira élégamment que Margo avait été incroyable dans ce film mais qu’elle ne voulait en rien l’imiter et qu’elle a travaillé intensément pour qu’elle soit crédible là où personne ne l’attendait. Et elle l’est.

Le nom d’Eve s’écrit dans les livres d’histoire du cinéma. On se demande quelle est sa plus grande réussite. Elle ne tourne plus beaucoup mais on en parle encore un peu. Puis plus beaucoup. Il n’y a pas de mépris quand à sa carrière mais plutôt un désintérêt.

On connaît.

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