
Deux choses : l'une, c'est que le film se regarde très bien, grâce notamment à un rythme très soutenu (il est vrai que le film est très court, mais c'est justement un choix important).
L'autre, c'est qu'il n'y a rien de nouveau dans ce film.
La technologie numérique n'apporte en soi rien de plus au "témoignage" apporté par les morceaux de vie présentés ici. Blair Witch Project avait le même "vérisme", avec une caméra 16mm (ou 8 ?) et une caméra vidéo, et un son désynchrone sur magnétophone (DAT ?).
Bien entendu, les effets spéciaux dépendent énormément de cette technologie numérique, et c'est dans ce sens très réussi.
Mais l'intérêt du film est, comme souvent dans les films "de monstre", dans ce qu'on ne voit pas. La peur est dans le hors champ (Alien), le non visible ou "mal visible" (Jaws) ou ici, du moins au début du film, dans la coupe.
Cependant, le film joue sur la technologie, étirant les limites parfois à outrance, sans que ça néanmoins soit trop irréaliste (profondeur de champ et zoom impressionnants pour une caméra amateur ; plans longs) de faire durer les plans longtemps. Le réalisateur alterne assez habilement donc entre le "montage interdit" (aaaah Bazin ; soit la théorie disant que quand deux éléments ont une importance qui dépend l'un de l'autre, le montage est "interdit", ou ne peut que nuire au film et au suspense : ici, il faut mettre dans le même plan la créature avec les héros ou les soldats, en même temps) et les coupes assez fréquentes, qu'elles soient "volontaires" de la part du caméraman (quand il appuie sur le bouton marche/arrêt), faisant ainsi du montage direct ; soit involontaires (dysfonctionnement de la caméra, trop chahutée ; rembobinage...).
La très jolie idée, c'est de combiner deux passés : le film catastrophe et la romance, l'un effaçant l'autre sur une cassette qu'on a oublié de remplacer. Différents dispositifs font qu'on passe de l'un à l'autre, souvent pour augmenter une ironie déjà très présente durant le film.
Très impressionnant, le film passe sans arrêt d'une échelle réaliste, proche des personnages principaux qui disparaissent les uns après les autres (code des genres, et "de monstre", et catastrophe) puis, parfois dans le même plan, à une vision plus globale, nettement "spectaculariste", entraînant parfois des éléments de scénario maladroits mais finalement très efficaces (avec l'incroyable quête entreprise, comme dans les livres de chevalerie, des trois amis pour retrouver la copine de l'un d'eux, en haut d'un donjon moderne, menacés par un dragon improbable).
Des scènes se détachent mais toutes renvoient cependant à des films connus : on retrouve évidemment les deux références citées partout (Godzilla et Blair Witch Project), mais aussi La guerre des mondes (la version de Spielberg, et la scène du pont, et le filmage à hauteur d'homme), Children of men (avec la contre attaque des soldats en plan long), the Descent (et le filmage infrarouge, dans un tunnel, lors d'une attaque de monstre)...
Assez asceptisé, il se détache néanmoins parfois avec des scènes assez sanglantes, et notamment celle très bien sentie de "l'explosion" de Marlena (bombe humaine ?).
Bien évidemment, le spectre du terrorisme n'échappe pas aux doutes du début du film (une réplique notamment, mais aussi les présentateurs télé se demandant : "que voit-on tomber ?" : ce ne sont plus les corps du World Trade Center, mais des monstres miniatures), de manière assez logique, un peu trop systématique, mais assez vite éludé (après tout, le genre renaît depuis le 11/09).
En parlant de genre, on semble même revenir à la source du genre "film catastrophe", avec une réminiscence de mélodrame, avec ce plan extrêmement esthétisé, faussement "mal cadré', sur le héros embrassant sa dulcinée dans un brouillard de fumée. Une boucle est bouclée.
1 commentaire:
L'intérêt vient surtout du fait que le film aurait pu tomber dans la surenchère de moyens !
Le choix volontaire du minimalisme technique ne prend jamais le dessus sur le scénario (maîtrisé de bout en bout)
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