24 avril 2008

REC - Triste déshumanisation


Quel est ce manque d’ambition qui touche bon nombre de films d’horreur, dont l’ibérique REC ?
La presse vantait depuis des mois l’intérêt de ce film qui utiliserait enfin le numérique « intelligemment », sur un concept proche de Blair Witch Project (qui mélangeait, si je ne me trompe, vidéo et 16mm) et, plus récemment, de Cloverfield (dans de la magnifique HD).
Souffrant de la chronologie des sorties (en sortant quelques semaines après le succès du producteur JJ Abrams), le film espagnol est cependant extrêmement maîtrisé durant toute une grosse première partie, stressante au possible.
Le principe est connu (film tourné caméra à l’épaule, avec tout le dispositif et la réflexion sur le cinéma que cela induit), tout autant que le genre abordé (le film de zombie).
Mais le traitement est pour une fois assez original, trouvant ses origines autant chez les maîtres de l’horreur ciné (les couloirs aux tableaux et miroirs d’Argento ; les anthropophages romeriens) que des jeux vidéo (Alone in the Dark, pour le huis clos insoutenable). Et ce même s’il ne suit pas la logique nécessaire au procédé narratif choisi (contrairement à de nombreuses critiques, je trouve Cloverfield bien plus cohérent dans l’utilisation du « subjectif caméra », ne sabotant pas tout avant le générique de fin, contrairement à ici…).

Les Espagnols, qui sont passés maîtres du genre (des genres fantastique et horrifique) depuis les débuts d’Amenabar avec Tesis puis Los Otros (qui furent suivis par El Orfanato, L’échine du diable et Le labyrinthe de Pan…) semblent profiter en France et à l’étranger d’un effet « naturel ». Je m’explique : il me paraît plus aisé à un film de genre de faire croire à son univers si celui-ci évolue dans un milieu « étranger ». Théorie peut-être tirée par les cheveux, je l’admets. Cependant, je m’étonne souvent de voir que les films américains font rarement peur (et les films français itou). D’où l’idée qu’un film d’épouvante trouverait plus facilement son public dans un pays où la langue n’est pas courante. Ceci s’applique, selon moi, aux films espagnols autant qu’aux films coréens (A tale of two sisters…) ou japonais (Ring…) aussi bons soient-ils par ailleurs.

Pourtant, REC épuise sur sa fin toutes les inventivités narratives qui faisaient son originalité, et il s’enfonce finalement dans la facilité. Certes, l’efficacité est là, mais les codes sont faits pour ça. Et on tombe dans une routine décevante, ayant à faire à tous les poncifs des films précités.
Les « malades » se déshumanisent pour devenir des monstres, des zombies « sans intérêt ». Une réflexion à ce propos : n’y aurait-il pas un trou noir dans le cinéma d’horreur ? Une zone d’ombre cinéphilique de la part des personnages qui, confrontés à tous les symptômes connus de zombéïfication n’arrivent jamais à dire le mot « zombie »? Qu’attendent les scénaristes ? Ont-ils peur de désacraliser la figure du massacre communautaire qu’est le mort-vivant (comme Scream et ses descendants williamsoniens l’ont fait avec le serial killer) ?

Pourquoi, j’ai envie de poursuivre, faut-il que ces méchants à la triste figure ensanglantée aient acquis ces dernières années un nouveau statut, si éloigné des réflexions de Romero sur le sujet ?
Aujourd’hui, ils ne râlent plus, ils hurlent (syndrôme Resident evil ou I am Legend), et aigu qui plus est ! Ils n’ont plus rien d’humain et par la même occasion perdent tout pouvoir horrifique sur un spectateur comme moi : le Zombie n’a d’efficacité que s’il est rattaché à l’Homme !

Cependant, tous ces reproches ne s’appliquent qu’à une partie infime du film (disons, les 15 dernière minutes) qui, il faut bien le souligner, remplit bien sa mission initiale. Le public réagit, hurle, rigole (c’est l’une des bases du film d’horreur, ne l’oublions pas). Et apprécie.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Je ne suis pas du tout d'accord. Traitement original? Quand? Les "zombies", c'est fait, la caméra à l'épaule, c'est fait, et les gens en lieu clos, c'est fait aussi. Tesis, Los Otros et Le labyrinthe était bien, dans le sens où, toujours, on se demande ce qu'il va se passer. Pour Rec, ça m'a paru tellement évident...Je pensais le voir et me faire, d'une part une bonne frayeur, et d'autre part en étant étonnée du traitement du sujet. Raté. Ok le public réagissait, mais un public habitué au film du genre, et qui n'en attendait pas autre chose.


(tu voulais de la contestaion...)

Le Rêveur a dit…

Alors premièrement : je casse peut être un mythe mais je vais être clair : TOUT a déjà été fait.
c'est pas parce que le film reprend la figure du zombie qu'il n'est pas original. idem pour le filmage et le dispositif etc...
De plus, le film assume très clairement ses influences : son originalité ne vient pas de quelque chose qu'il invente, mais de quelque chose qu'il recycle (je donne ce que sont selon moi les références citées ici).
Pour moi c'est très clair : la première partie du film est d'une efficacité implacable (le huis clos pour moi est une petite merveille : l'arrivée des policiers et le confinement de l'immeuble est une des plus belles scènes d'angoisse depuis bien longtemps je trouve).
Cependant je suis assez d'accord avec toi sur une autre partie du film, bien plus entendue, connue : dès qu'on découvre les "zombies", on tombe dans des codes un peu fatigants, et le big boss final en est le symbole parfait.
Romero est définitivement le maître de zombies, son dernier film se moquant ouvertement des codes qu'il a lui même créé.

Anonyme a dit…

Tout n'a pas déjà été fait... Quand Blair Witch est sorti, avoir une caméra à l'épaule a étonné et fait entré le spectateur de manière beaucoup plus présente dans le film. (ça avait peut être déjà été fait, de manière plus confidentielle, mais j'avoue que je ne maitrise pas. Disons que pour un blockbuster, c'était original et ça a surpris). Ce n'est pas tant la reprise du thème "zombie" qui gêne, c'est que le traitement qui en est fait a déjà été vu et revu. L'original est possible en traitant différemment. j'ai eu beaucoup plus peur face à 28 jours plus tard par exemple. (même songé à acheter une batte de base ball... c'est pour dire...). Mais là, même si le huis clôt était oppressant, son intensité était très nettement diminuée par le fait que ce qui allait arriver était très prévisible. Je veux bien qu'un réal ait des influences, mais ça ne l'empêche pas de traiter les choses différemment. Surtout que la bande annonce du film était pleine de promesses.
(si ça faisait un peu moins longtemps que je l'avais vu, j'aurais peut être des arguments plus percutants...)

Le Rêveur a dit…

alors je le redis (héhé) : TOUT a déjà été fait.
La caméra "subjective" était présente dans des films qui ont très bien marché bien avant Blair Witch (en particulier dans l'horrible - dans le sens très mauvais - film d'horreur italien Cannibal Holocaust).
De plus, Blair Witch était très loin d'être un blockbuster ! Il a coûté le prix d'une voiture d'occasion, mais devant le succès qu'il a rencontré dans les festivals étudiants, une boite de prod l'a repéré et le tout s'est transformé en immense succès (jusqu'à récemment, c'était le film le plus rentable de tous les temps) notamment grâce à une promo très intelligente appuyant sur le côté "documentaire" du film (ce que les producteurs de Cannibal Holocaust avaient déjà fait dans les 70's).
Je ne suis pas d'accord sur le côté prévisible du film, en tout cas pas dans sa première partie. Mais là, c'est purement subjectif...
Mais je t'invite à lire ma critique de Cloverfield qui est selon moi un film qui utilise mieux que Rec la caméra subjective (et le suspense qu'elle génère).
Quant à 28 jours plus tard, on est d'accord :p

Anonyme a dit…

Autant pour moi. Par blockbuster, je voulais dire "film qui a cartonné".
Effectivement, le côté prévisible de Rec est contestable.
Dis moi le prochain film d'horreur que tu vas voir, je te ferais mon interprétation de la fin dès la 1ere demi heure. (ça marche pas pour les matchs de foot de merde, tout aussi horrifiques)
Malheureusement pas vu Cloverfield...Dès que c'est fait, je débat ;)