
Abby Cairn vient de donner naissance à la petite Lily, et le couple qu’elle forme avec Brad est éclatant de bonheur.
Joshua, leur fils aîné, joue pendant ce temps la Marche funèbre sur la mort d’un héros de Beethoven (Sonate pour piano n° 12 en la bémol majeur, opus 26).
L’enfant de neuf ans remet en question sa place dans la famille à l’arrivée de sa sœur. Jaloux des attentions qui, lui semble-t-il ne lui sont plus portées mais plutôt à elle, il glisse peu à peu dans un sadisme lentement distillé, lors des premières semaines de la vie à quatre.
Lily peine à dormir, et sa mère se sent très rapidement rejetée. La dépression postnatale s’empare d’elle, et Brad doit se charger des tâches domestiques, alors même qu’il occupe une place importante dans l’une des tours financières de la ville.
Les cris omniprésents du bébé font vaciller l’équilibre du couple qui refuse une aide extérieure, nounou ou belle-mère.
Joshua répète tranquillement sa sonate pour la fête de l’école.
Pourtant, après les solos catastrophiques de ses camarades de classe en chant ou trompette, il saborde sa propre participation au spectacle en préférant à Ludwig Van une comptine chantée à sa sœur, plus tôt. Il s’applique consciencieusement à placer des fausses notes, sous les regards interrogateurs de ses parents et de son oncle. La chansonnette se transforme peu à peu en composition dissonante étonnamment construite ; bien trop mûre néanmoins pour un enfant si jeune. Joshua s’effondre, épuisé.
Scène épatante, aussi bien écrite que réalisée, elle marque la personnalité manipulatrice du garçon qui, bientôt, passera à la destruction minutieuse de ses proches. Persuadé qu’il n’est pas aimé par eux « car ils n’en sont pas obligés », sa vengeance sera de faire qu’ils soient eux-mêmes incapables d’être aimés (révélation finale, dans les glaçantes paroles chantées à son oncle).
La construction de son piège est terrifiante de précision, jouant à la fois sur les réactions prévisibles de ses proches que sur celle d’une société qui considère les enfants comme purs.
Tous les indices qui prouvent la personnalité déviante de Joshua se retournent contre Brad (les dessins ; la vidéo ; les coups qu’il s’inflige), le seul à percevoir les motivations cruelles de sa progéniture.
On touche alors à la structure même de l’intrigue, d’inspiration religieuse (Josué portant la parole de Dieu après la mort de Moïse ; Livre de Josué).
Hazel, la grand-mère de Joshua avait prévenu : l’appartement des Cairn n’est pas une Maison, au sens biblique du terme. Ceux-ci n’ont pas vocation à fonder une famille solide, car leur fondation est fragile. Aucun futur à leur bonheur.
Joshua, provoquant son père, lui demande de regarder la maison en cubes de bois qu’il a construite. Avant de retirer celui qui tenait les autres debout.
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