06 janvier 2009

2008, année tronquée

Drôle d'année où, alors que la France gagne la Palme d'Or (Entre les murs, Laurent Cantet), que Eastwood semble frapper fort à nouveau (L'échange), qu'un McQueen ressuscite ce grand nom (Hunger), que Honoré se fait encore une fois applaudir et huer (La belle personne), que les Dardenne y retournent comme en 14 (Le silence de Lorna), que Gray signe une histoire d'amour (Two Lovers), et sans compter tous ceux dont on n'attendait rien, je n'ai vu aucun de ces films prometteurs dont j'entends parler à distance, avec des larmes dans les yeux de ceux dont je ne voix pas le regard, mais lit les mails. C'est dur car, si l'année 2008 a réservé quelques grands films, quelques grandes surprises, et quelques grandes déceptions aussi, il me semble que c'est sur les quatre derniers mois que se sont échelonnés la plupart de ceux que j'attendais.

De grands films, donc, avec deux de mes réalisateurs favoris, qui avec leurs nouveaux opus se placent définitivement dans mes "préférés" : There will be blood de Paul Thomas Anderson et Un conte de Noël de Arnaud Despleshin, pourtant à l'opposé l'un de l'autre. De la puissance pure pour deux fresques familiales qui, chacune à son échelle, parle d'amour et de haine, et puis de mort aussi, et beaucoup.
Il y a, bien sûr, un mot à dire sur le Pixar annuel (Wall-E, Andrew Stanton) qui, sans aller dans le sens habituel de summum de l'animation comique, réussi un sans faute dans la comédie romantique.
Et puis le stupéfiant Julia, cauchemar américain de Erick Zonca, porté par Tilda Swinton plus géniale que jamais, et une photo inoubliable.

Quelques films, superbes, n'ont fait que confirmer le talent de leur auteur, et c'est peut-être le plus difficile : Into the wild (Sean Penn), The Dark Knight (Christopher Nolan, qui montre que le divertissement intelligent à Hollywood n'est pas mort), The Darjeeling limited (Wes Anderson), Tropic thunder (Ben Stiller).

Pour d'autres, la longévité avec parfois des bas, mais aussi cette année des hauts, voire des sommets : Vicky Cristina Barcelona (Woody Allen), Happy-go-lucky (Stephen Frears), Rachel getting married (Jonathan Demme), La ronde de nuit (Peter Greenaway), Burn after reading et No country for old man (Joël et Ethan Coen), Sparrow (Johnny To) et le Che-Première partie (Steven Soderberg) dont on attend la suite pour juger un film somme qui commence bien.

Et puis il y a ceux auxquels on ne croyait que peu, voire pas : l'excellent thriller In Bruges (Martin McDonagh), massacré par une promo catastrophique, et un titre français qui ne l'est pas moins et que je n'écrirai pas ici ; Speed racer (Andy et Lana Wachowski), l'improbable folie visuelle et narrative des auteurs de Matrix ; Cloverfield (Matt Reeves), la grosse surprise de la volonté de certains producteurs (en l'occurence JJ Abrams) de faire du recyclage de qualité.

Il y a aussi les découvertes, ceux dont on attendra avec impatience le prochain film pour pouvoir les placer dans les catégories précitées : tout d'abord Joshua (George Ratliff) dont j'ai déjà parlé il y a quelques mois ; Camino (Javier Fesser), où l'Espagne nous fait à nouveau la leçon sur comment faire un film qui peut être à la fois fantastique, dramatique et social ; Gomorra (Matteo Garrone) et Ciao Stefano (Gianni Zanasi) avec une Italie qui n'en finit pas de revenir sur le devant de la scène cinématographique, engagé et puissant ; L'un contre l'autre (Jan Bonny), La soledad (Jaime Rosales) ou encore Valse avec Bashir (Ari Folman) qui, sur des sujets brûlants (la violence dans un couple pour l'allemand, l'impact du terrorisme sur ses victimes pour l'espagnol, le passé "à oublier" pour l'israëlien) me révèlent d'immenses talents qui m'avaient échappé jusqu'ici.

Je finirai avec les grandes découvertes du passé que j'ai faites cette année, avec trop de retard, à ma grande honte : Manon (Henri-Georges Clouzot, 1948, d'après Manon Lescaux de l'Abbé Prévost), Le lauréat (Mike Nichols, 1968), A swedish love story (Roy Andersson, 1969, d'après lui-même, et c'est déjà pas mal), Zabriskie Point (Michelangelo Antonioni, 1970), My beautiful laundrette (Stephen Frears, 1986), pour ne citer qu'eux.

2 commentaires:

Rosalia Linde a dit…

C'est fantastique ton analysis des films de l'année dernier. Je suis hereuse de voir un article du cinéma dans ta page. Je n'ai connu perssonne qui aime le cinéma comme toi. Je ne dois ataindre que quelques ans pour voir ton nom encumbré. Il faut seulement un peu du pacience.
Je te souhaite une année heurese et plaine des réussis. Bissous.


Rosalía

Le Rêveur a dit…

Muchisimas gracias Rosalia ! Nos vemos pronto : estaré en Madrid en pocas horas !!