07 mars 2008

L'esprit d'Eluard {Liberté}


Le nouveau Gondry, c'est un petit choc en soi. Il décrit à la fois la fin d'un monde et le combat de quelques survivants pour perpétuer le charme de ce qui disparaît peu à peu.
Le vidéo-club, c'est la Cinéphilie, l'intérêt pour les films anciens, pour des supports en voie d'extinction (la VHS et bientôt le DVD). C'est le lieu qui n'est plus convivial, remplacé par tous les Vidéosphères du monde, supermarchés du film de pop-corn.
C'est la redécouverte du charme de ces films qui vieillissent, sur lequel il suffit de poser un nouveau regard.
C'est l'envie de préserver cet esprit de création, et pourquoi pas de dépasser l'œuvre originale en étant original.

Non, Charlie Kaufman n'est pas aux manettes du scénario et oui c'est fouillis, et souvent incohérent et totalement fou.
Mais les acteurs donnent tout ce qu'ils ont et trouvent l'énergie qu'il faut pour rendre la quête de leur personnage émouvante.
Gondry développe encore et toujours l'incroyable logique visuelle de son univers qui, peut-être, motivera le spectateur lambda de se lancer dans l'aventure des films suédés.

Ici, l'un de ces films, par les Smig et autres hurluberlus, parfois de passage sur le forum (et qui, accessoirement, n'avaient pas attendu Gondry, qui leur rend finalement hommage) :
http://www.dailymotion.com/Ichmagsmig/video/x4lj3b_jurassicpark_creation

J'espère suéder à mon tour bientôt, peu importe la date finale du concours.
Parce que si Gondry a posé un nom sur cette pratique, Dailymotion n'en détient pas les droits.

26 février 2008

De ce qu'apporte l'or


Comme le remarque le New York Times, beaucoup d’or va s’exporter cette année hors de la Cité des Anges. Les Coen ont leur QG à New York, le moindre mal par rapport à la razzia des européens aux Oscars dans la nuit de dimanche à lundi.
Tilda Swinton a trouvé une jolie image, assez provocante, en déclarant que la soirée avait été « une grande victoire pour les Celtes », Anglais (elle, donc, pour le meilleur second rôle féminin), Irlandais (le film Once ayant reçu l’Oscar de la meilleure chanson), Espagnol (Javier Bardem pour son hallucinante performance de No country for old men) et Français (Marion Cotillard, bien sûr, mais aussi l’Oscar des meilleurs maquillages ainsi que celui du meilleur court-métrage en prises de vues réelles).
Surtout que si Bardem était archi favori dans sa catégorie, Swinton coiffe sur le poteau Cate Blanchett et son interprétation inoubliable de Bob Dylan dans I’m not there, et Cotillard déjoue tous les pronostics en doublant dans la dernière ligne droite Julie Christie (pour le fade Away from her) et l’outsider indie Eileen Page (Juno).

Marion Cotillard a été impressionnante dans sa présence médiatique ce dernier mois aux Etats-Unis, pour faire prévaloir son beau rôle aux votants de l’Académie, le film n’ayant pas été le succès escompté outre-Atlantique.
La consécration quand elle passe chez Oprah Winfrey, gagnant les faveurs d’un public qui commence à la reconnaître, à prononcer son nom comme celui d’Audrey Tautou ou Isabelle Adjani quelques années plus tôt.
Lorsqu’elle reçoit le Golden Globe de la meilleure actrice (mais dans la section « comédie ou comédie musicale », quand Julie Christie remporte celui de la section « drame »), l’événement est amoindri par la grève des scénaristes hollywoodiens qui transforme la soirée glamour en triste liste de vainqueurs.
Quelques jours plus tard pourtant, elle remporte le BAFTA dans le pays natal de sa principale concurrente et on commence à croire à un « Grand Chelem » Golden Globe-BAFTA-César (qu’on lui aurait presque décerné avant la cérémonie)-Oscar.
Le César suit, bien évidemment, mais j’ai tendance à penser que la concurrence était plus rude dans la compétition française (avec le jeu psychotique de la maintenant habituée du théâtre du Châtelet Isabelle Carré pour Anna M., ainsi que celui plus étonnant puisque étrangement sobre de Cécile de France dans le très beau Un secret) que dans l’américaine.
Elisabeth : Golden Age ayant été massacré par la critique et un bide au box-office, Cate Blanchett était presque automatiquement évincée de la course (surtout qu’on lui promettait la statuette du second rôle) ; Laura Linney n’arrivant pas à faire parler d’elle, et ce depuis des années malgré ses interprétations majeures dans de nombreux films ; Eileen Page souffrant malgré tout d’un statut de « révélation » dans un pays qui ne les encourage pas (pas de prix du « meilleur espoir ») ; Cotillard n’avait finalement qu’à insister sur la distance entre son personnage d’Edith Piaf dans le film, plus vraie que nature, et sa beauté glamour de tapis rouge pour dépasser Christie, déjà détentrice d’un Oscar pour Darling en 1965, mais victime d’une froideur peu télévisuelle.

Pas de dénigrement de la belle victoire de Marion Cotillard dans cet article ! Juste une inquiétude d’un admirateur de longue date.
Oui, je le rappelle, je peux me vanter d’avoir défendu l’actrice assez tôt dans sa carrière, même quand elle était loin des grands rôles qu’on lui propose maintenant. Ne supportant pas la série des Taxi qui l’ont révélée au grand public (et à moi), j’avais cependant déjà l’impression qu’elle était l’un des rares atouts de ces films. Son premier "vrai" rôle principal (celui de jumelles explosives) dans le mauvais Les jolies choses montrait à son tour qu’elle était capable de créer des personnages intéressants dans des films râtés.
Il a fallu que Jean-Pierre Jeunet se penche sur sa jeune carrière et lui offre un second rôle en or, pour lui ouvrir les portes des Césars pour la première fois. Sa Tina Lombardi, présente à l’écran que quelques minutes dans Un long dimanche de fiançailles m’avait ému presque aux larmes dans sa composition de veuve vengeresse. Meilleure scène du film (en dehors des batailles bien sûr !), Cotillard a créé le personnage le plus émouvant dans ce film où il n’en manque pourtant pas (joués surtout par des pointures telles que Tautou, Daroussin, Lavant, Foster, Dussollier etc…). Elle remporte le prix du meilleur second rôle féminin.
L’année précédente, Burton l’avait choisie pour son rôle secondaire de française type (Big Fish), comme Ridley Scott l’année dernière (A good year).
Mais c’est aujourd’hui que sa carrière commence réellement. Avant même les résultats des Oscars, elle était choisie par Michael Mann pour jouer la femme de Johnny Depp dans Public Enemies, also starring Christian Bale et Giovanni Ribisi.
Rob Marshall, le réalisateur du multi-oscarisé (à tort, cette fois-ci) Chicago la choisit à son tour pour rejoindre Javier Bardem dans sa comédie musicale Nine, aux côtés de Penelope Cruz, Catherine Zeta-Jones et Sophia Loren.

C’est donc avec bienveillance que je lui souhaite bonne route, mais aussi avec dépit.
La belle Marion va maintenant coûter bien cher…

11 février 2008

Le cinéma indépendant américain et sa gangrène


Les films sortant du Festival de Sundance se ressemblent, comme les maisons de banlieues dans lesquelles vivent leurs personnages.
L’environnement de Juno est à peine moins excentrique que celui de la petite Miss Sunshine, mais tout aussi faussement déjanté que celui de Moi, toi et tous les autres.
On suit des héros qui n’en sont pas, et on ne peut que les aimer. Ils ont ce qu’il faut d’humour, ce qu’il faut de déprime, ce qu’il faut de rage.
Mais ont-ils une âme ?

La course aux films sympathiques, possible blockbuster à petit budget, aux BO chiadées et abordant des sujets de moins en moins osés et/ou dérangeant qui faisaient l’intérêt du Festival (avec les films violents de Tarantino ou Avery, marginaux de Haynes, Clark ou Smith, engagés de Lee, Russell ou Troche) sont la maladie inoculée par Hollywood dans ce système qui lui échappait jusqu’ici.
Les stars elles-mêmes s’immiscent dans ces films (on se rappelle de Bruce Willis dans Fast Food Nation, Mme Tom Cruise Katie Holmes dans Thank you for smoking…) qui jusqu’ici les créaient parfois (les fabuleuses Laura Linney ou Julianne Moore… ; Ellen Page ou Abigail Breslin pour la nouvelle génération…).

Ça n’inquiète que moi ?

07 février 2008

Cloverfield, recyclage numérique


Deux choses : l'une, c'est que le film se regarde très bien, grâce notamment à un rythme très soutenu (il est vrai que le film est très court, mais c'est justement un choix important).
L'autre, c'est qu'il n'y a rien de nouveau dans ce film.

La technologie numérique n'apporte en soi rien de plus au "témoignage" apporté par les morceaux de vie présentés ici. Blair Witch Project avait le même "vérisme", avec une caméra 16mm (ou 8 ?) et une caméra vidéo, et un son désynchrone sur magnétophone (DAT ?).
Bien entendu, les effets spéciaux dépendent énormément de cette technologie numérique, et c'est dans ce sens très réussi.
Mais l'intérêt du film est, comme souvent dans les films "de monstre", dans ce qu'on ne voit pas. La peur est dans le hors champ (Alien), le non visible ou "mal visible" (Jaws) ou ici, du moins au début du film, dans la coupe.
Cependant, le film joue sur la technologie, étirant les limites parfois à outrance, sans que ça néanmoins soit trop irréaliste (profondeur de champ et zoom impressionnants pour une caméra amateur ; plans longs) de faire durer les plans longtemps. Le réalisateur alterne assez habilement donc entre le "montage interdit" (aaaah Bazin ; soit la théorie disant que quand deux éléments ont une importance qui dépend l'un de l'autre, le montage est "interdit", ou ne peut que nuire au film et au suspense : ici, il faut mettre dans le même plan la créature avec les héros ou les soldats, en même temps) et les coupes assez fréquentes, qu'elles soient "volontaires" de la part du caméraman (quand il appuie sur le bouton marche/arrêt), faisant ainsi du montage direct ; soit involontaires (dysfonctionnement de la caméra, trop chahutée ; rembobinage...).
La très jolie idée, c'est de combiner deux passés : le film catastrophe et la romance, l'un effaçant l'autre sur une cassette qu'on a oublié de remplacer. Différents dispositifs font qu'on passe de l'un à l'autre, souvent pour augmenter une ironie déjà très présente durant le film.

Très impressionnant, le film passe sans arrêt d'une échelle réaliste, proche des personnages principaux qui disparaissent les uns après les autres (code des genres, et "de monstre", et catastrophe) puis, parfois dans le même plan, à une vision plus globale, nettement "spectaculariste", entraînant parfois des éléments de scénario maladroits mais finalement très efficaces (avec l'incroyable quête entreprise, comme dans les livres de chevalerie, des trois amis pour retrouver la copine de l'un d'eux, en haut d'un donjon moderne, menacés par un dragon improbable).

Des scènes se détachent mais toutes renvoient cependant à des films connus : on retrouve évidemment les deux références citées partout (Godzilla et Blair Witch Project), mais aussi La guerre des mondes (la version de Spielberg, et la scène du pont, et le filmage à hauteur d'homme), Children of men (avec la contre attaque des soldats en plan long), the Descent (et le filmage infrarouge, dans un tunnel, lors d'une attaque de monstre)...
Assez asceptisé, il se détache néanmoins parfois avec des scènes assez sanglantes, et notamment celle très bien sentie de "l'explosion" de Marlena (bombe humaine ?).
Bien évidemment, le spectre du terrorisme n'échappe pas aux doutes du début du film (une réplique notamment, mais aussi les présentateurs télé se demandant : "que voit-on tomber ?" : ce ne sont plus les corps du World Trade Center, mais des monstres miniatures), de manière assez logique, un peu trop systématique, mais assez vite éludé (après tout, le genre renaît depuis le 11/09).
En parlant de genre, on semble même revenir à la source du genre "film catastrophe", avec une réminiscence de mélodrame, avec ce plan extrêmement esthétisé, faussement "mal cadré', sur le héros embrassant sa dulcinée dans un brouillard de fumée. Une boucle est bouclée.

03 février 2008

Yoyo du cinéma


Emotion à l'état pur.
Voir un visage ce soir, à la télé, à 2h40 du matin.
Celui vieilli du clown Pierre Etaix.
Paradoxe : je n'ai vu aucun de ses films. Et pour cause ! Comme il est venu le raconter chez Ruquier, ses films ont été détournés par un faux producteur véreux, plongeant son œuvre dans la partie triste de l'Histoire du Cinéma : celle qu'on oublie.
Je n'ai vu aucun de ses films, donc, mais je connais ses traits par cœur.
J'ai des frissons dès que j'entends son nom, ou que je vois ses yeux rieurs (mais ailleurs), et ses dents écartées.

23 décembre 2007

Les comptes {rectifiés}


Deuxième année, deuxième "classement", qui comme tout classement est idiot et a pour vocation d'évoluer.
Un film inoubliable, sur lequel je n'arriverai décidement pas à écrire.
Une longue liste de grands grands films, tous sortis en fin d'année.
Et puis le reste, dans le désordre, mais qu'est ce que ça fait du bien !
Espérons que l'année prochaine réserve autant de bonnes surprises.

La graine et le mulet d'Abdellatif Kechiche

Ratatouille de Brad Bird
We own the night de James Gray
Zodiac de David Fincher
Eastern promisses de David Cronenberg
L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford de Andrew Dominik
Secret sunshine de Lee Chang Dong

Nous les vivants de Roy Andersson
La vie des autres de Florian Henckel von Donnersmarck
De l'autre côté de Fatih Akin
Les chansons d'amour de Christophe Honoré
Time de Kim Ki Duk
Lettres d'Iwo Jima de Clint Eastwood
Deathproof de Quentin Tarantino
INLAND EMPIRE de David Lynch
Un secret de Claude Miller
Les témoins de André Téchiné
Alexandra d'Alexandre Sokourov
La question humaine de Nicolas Klotz
La vengeance dans la peau de Paul Greengrass
Le scaphandre et le papillon de Julian Schnabel
Sunshine de Danny Boyle
Je crois que je l'aime de Pierre Jolivet
Lady Chatterley de Pascale Ferran
Anna M.
Bug de William Friedkin
Les climats de Nuri Bilge Ceylan
Les rois du patin de Josh Gordon, Will Speck
Across the universe de Julie Taymor
The fountain de Darren Aronofsky
Paranoid park de Gus Van Sant
The last king of Scotland de Kevin Macdonald

11 décembre 2007

Le panoramique le plus subtil de l'Histoire du Cinéma

Je confirme cette affirmation qui m'était venue à l'esprit (hum hum) lors de la vision de Born Yesterday (Comment l'esprit vient aux femmes) de Cukor, lors de la rétrospective qui lui était consacrée par la Cinémathèque à la fin de l'année 2006.
Soit Judy Holliday (dans le rôle qui lui valut un Oscar) qui apprend l'amour et les plaisirs de l'érudition dans les bras de William Holden.
Tandis qu'un député lui parle des difficultés de son métier, Billie voit encore son savoir toucher ses limites, lorsqu'elle ne comprend pas le mot "électeurs" ("constituants"). D'un simple mouvement de tête, elle se tourne vers le dictionnaire situé derrière elle, tout en sachant qu'elle ne peut montrer les faiblesses de son vocabulaire. La caméra la suit, panotant de la gauche vers la droite, décadrant le politicien pour faire entrer dans le champ l'encyclopédie inaccessible.
L'effet comique est indiscutable, reposant à la fois sur le jeu apaisé de Holliday, et sur un panoramique (mouvement de caméra on ne peut plus classique) arrivant à point.
Comme si la mise en scène du maître Cukor s'adaptait aux envies croissantes de connaissances de la grue.


26 novembre 2007

Chronologie d'un désastre héroïque


Quel horrible moment.
Robert Zemeckis, fondateur (parmi de nombreux autres, mais quand même...) de ma cinéphilie avec des films aussi incroyables (et réussis) que Forrest Gump, Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, la trilogie Retour vers le futur et même (j'avoue !) la Mort vous va si bien vient de faire LE film que je redoutais, je dirai même plus, COMME je le redoutais.
Le projet Beowulf vient, dans la filmographie de Zemeckis, juste après le premier essai en totale motion capture (technique de captation des mouvements des acteurs, reproduits par ordinateur pour créer un "clone" virtuel) qu'était Le Pôle Express. Ce Polar Express, je l'avais raté, à ma grande honte pour le culte que je voue au réalisateur, mais qui ne m'a pas attiré ni dans son principe, ni dans sa promotion.
Zemeckis est, peut-on l'oublier ?, un extraordinaire faiseur d'images, et même au delà : un expérimentateur des "hautes technologies" cinématographiques. Le corps troué de Goldie Hawn et le coup brisé de Meryl Strip (Death becomes her), les voitures volantes de Back to the future, le serrage de main avec Kennedy (Forrest Gump), le monde des Toons (Who framed Roger Rabbit ?), le plancher transparent et l'entrée dans une voiture en marche dans Apparences (What lies beneath) ou l'incroyable plan du miroir (ceux qui l'ont vu s'en rappellent !) de Contact éclairent le génie d'un homme trop souvent éclipsé par son ami et producteur Steven Spielberg.
Et même au delà de ces prouesses techniques, la plupart de ses films atteignent une qualité esthétique, artistique et commerciale exceptionnelles !

Courageux, Zem enfonce le clou dans la quête de la perfection graalesque de la motion capture malgré les critiques virulentes contre son précédent opus. Qui avait d'ailleurs connu un démarrage plus que poussif au box-office avant de ressortir en IMAX-3D pour remporter un franc succès, et rentabiliser enfin le coût exhorbitant du film.

Beowulf assume donc la chronologie de sa fabrication et a pour vocation d'être projeté dans les mêmes conditions de moins en moins exceptionnelles (aux Etats-Unis !) que le Pôle Express.
Il est donc évident que la présente critique N'EST PAS COMPLETE, et peut-être TOTALEMENT A COTE DE LA PLAQUE !
Mais quel fiasco, quand le film est projeté en 2D ! D'une laideur extrême, le film fait rire quasiment du début à la fin.
Le scénario est assez minimal et l'ennui n'est jamais loin malgré quelques pensées intéressantes (notamment sur le statut relatif du héros).
Grendal, le monstre du début est ridicule et très peu impressionnant. Sa mort amène l'intervention tant attendue d'Angelina Jolie, dont le corps "virtualisé" est un comble d'érotisation du physique de la star, qu'on a pourtant vu avant (et de nombreuse fois !) nue, "en vrai" !, et sous toutes les coutures (le très mauvais Péché mortel avec l'autre erotic-body du cinéma Antonio Banderas, etc...).
La pauvre se retrouve avec un rôle catastrophiquement atrophié, et targuée de la queue (de dragon, quand même !) qu'il manque à Beowulf (effet comique involontaire : alors qu'il est très souvent nu, les producteurs ont à chaque plan trouvé le moyen de cacher "la sienne", par divers stratagèmes : ombres improbables, différents objets au premier plan...).
Les deux personnages sont donc assexués alors qu'on les voulait physiquement et sexuellement "irréprochables" (comme dans 300, leurs corps sont sublimés par des lumières saillantes, des muscles apparents, des poitrines "palpables" par la magie de la 3D !). Pour preuve, l'incroyable plan en contre plongée sur Jolie, nue, faite comme la poupée Barbie-Baywatch.

Le combat n'aura pas lieu, et le film continue à massacrer tout ce qu'on aime chez les différents acteurs qui jouent dedans. Robin Wright Penn perd tout le charme qui nous a fait pleurer dans Forrest Gump ou She's so lovely, Anthony Hopkins est "rendu" mauvais par le système technologique, Alyson Lohman devient carrée malgré sa belle tête ronde de la "réalité", pour ne pas parler de Malkovitch, absolument insignifiant...

Après une curieuse ellipse (qui est l'une des belles surprises du film tout de même), on retrouve Beowulf vieillissant, roi d'un territoire hanté par ses "péchés" (l'autre bonne idée du film : le désenchantement du monde serait du au "nouveau Dieu des Romains", Jésus Christ quoi) amène le "grand combat" final (désolé pour les nombreux guillemets, je ne vois pas comment faire apparaître l'ironie nécessaire à l'article...) contre le dragon, choix dangereux s'il en est, tant les dragons me paraîssent être parmi les créatures les moins cinématographiques. Tant que le feu, en tant que matière, ne sera pas mieux modélisé (et c'est, selon de nombreux créateurs d'effets spéciaux, l'une des choses les plus difficiles à faire), le monstre ne pourra pas être crédible, et encore moins faire peur.
Mais c'est aussi ici que ma critique trouve ses limites : sans doute que le feu rend mieux en 3D. Toujours est-il qu'il est projeté en majorité en 2D...

Toujours sur les FX, j'ai eu énormément peur dès les premières images du rendu des textures. En fait, le début est catastrophique, me renvoyant (complètement étonné, je vous le jure !) au dernier Shrek, où les humains ressemblaient quasiment à ça (la peau, les cheveux etc...).
Heureusement, ça s'arrange par moment, aux scènes les plus importantes pour atteindre il est vrai une qualité parfois impressionnante (surtout Beowulf ou le personnage d'Anthony Hopkins). Il me paraît évident que les infographistes ont eu peu de temps pour appliquer à tous les plans la perfection recherchée (et presque atteinte dans certains).

Cependant, je rappelle le courage de Zemeckis qui se colle toujours aux nouvelles technologies, au risque du naufrage comme ici, mais aura la satisfaction d'être l'un des principaux artisans de ce qui risque (est-ce un bien ou un mal ?) de se généraliser au fur et à mesure des avancées visuelles.

Enfin, je ne vois pas où caser cette remarque déconnectée du reste, j'ai été extrêmement étonné du duel de regards leonesques entre Jolie et le best friend de Beowulf après sa mort, sur la plage. Très beau moment qui n'a rien à voir avec le reste du film, entre deux personnages qu'on a vu finalement peu, sans qu'aucune "morale" ou pensée ne ressorte (on comprend bien qu'elle essaie d'attirer le nouveau roi à elle mais est-ce tout ?). Ce qui en fait peut-être le plus beau moment de cet objet glacé...

23 novembre 2007

Drapeau renversé dans la vallée d'Elah


Jolie boucle en forme de nœud coulant que le dernier film de Paul Haggis.
David rencontre Goliath sur un terrain militaire américain. Impossible de savoir si le cadavre qu'on retrouve est celui de Goliath ou bien celui de David. L'enfant qui défie l'ennemi, ou le géant cruel ?
Toujours est-il que le symbole du film, sur lequel il s'ouvre et se referme, est la Bannière Etoilée, hissée à l'envers, signe international de détresse.
Et l'appel à l'aide double son sens.
Au nom du patriotisme, au lendemain du 11 Septembre, on avait censuré l'affiche du très mauvais "Dernier Château" avec Redford. Elle arborait ce même drapeau, renversé, blessant l'Américain au plus profond de sa fierté.
Aujourd'hui, Haggis ressort l'image des vieux cartons, de l'époque où les USA étaient encore considérés comme une victime, justifiant une vengeance sordide, une croisade.
Et du sacrifice abrahamesque, où la lame ne s'abat plus sur des brebis mais bien sur des enfants, le cinéma trouve sa voix, pour envoyer enfin un SOS salutaire.

16 novembre 2007

Absurdité ambulante

1.
Le chemin vers Ménilmontant
Se fait à pied, se défait en Vélib'.
L'av'nue Gambetta porte bien son nom.

2.
Il faut un sacré cœur, et de sacrées gambett'
A celui qui s'attaque aux marches de Montmartre.
Et s'il est cardiaque, le funiculaire.

14 novembre 2007

Mentir

Horrible petit court métrage.
Comment pensaient-ils nous faire croire à un mythomane, si l'acteur joue mal ?
Serait-ce une ruse ?