30 avril 2006

Des remake d'adaptations

En une semaine, j'ai eu l'occasion de voir deux films, remakes eux-même de deux adaptations de livres connus et reconnus.
Ces deux films sont Human Desire de Fritz Lang (présenté dans le cadre la la Carte Blanche donnée à Almodovar) et Sorcerer (aka Le Convoi de la Peur pour la rétrospective William Friedkin).
Pourquoi sont-ce des remakes et non des adaptations ? Tout simplement parce qu'ils sont tous deux plus fidèles aux mythiques films tournés par Renoir (La bête humaine) et Clouzot (Le salaire de la peur) qu'aux livres dont ces derniers s'étaient eux-même inspirés (de Zola et Arnaud) sans en être l'adaptation fidèle.
Ainsi, Renoir, en 1938, avait "actualisé" le livre de Zola en développant l'histoire dans les chemins de fer d'avant guerre, ce que va reprendre, en 1954, Fritz Lang.
De son côté, Friedkin affiche clairement sa volonté de faire un remake du chef d'œuvre de Clouzot de 1952 en lui dédiant son film en 1977.

Là où diffèrent ces deux remakes, c'est dans leur réussite face à l'objectif quasi illusoire d'arriver au niveau de ces illustres films français. En effet, il est assez amusant de remarquer que là où le grand Fritz Lang échoue, Friedkin relève le défi avec brio. Le maître allemand semble s'être satisfait d'une vision conventionnelle, à mi chemin entre un film noir classique et un mélodrame. Le ton diffère de celui de Renoir ; il est moins social (Renoir, malgré son éloignement du livre de Zola a gardé la pression d'un monde ferroviaire sur le personnage de Lantier), moins sexuel (Jeff perd les pulsions de mort de Lantier), plus positif (Jeff se libère de la Femme Fatale qui sera tuée par son mari et ira au bal avec la jeune fille qui n'ose lui dire qu'elle l'aime) ; bref, moins cruel. Cette seconde adaptation du maître français par le maître allemand (après La rue rouge, remake de la Chienne) semble à nouveau vaine et sans intérêt.

C'est là que la comparaison avec Sorcerers me semble intéressante :
Fait dans une optique de quasi hommage à Clouzot et au sommet de sa carrière (Le salaire de la Peur a été Grand Prix à Cannes ainsi que prix d'interprétation pour Vanel, mais aussi Ours d'or etc...), je craignais en allant voir le film d'assister à un remake plat, repiquant à l'identique les grandes scènes de suspense de l'original et perdant la grande force critique de la vision d'un pays d'Amérique du Sud, militaire et contrôlée à distance par les Etats-Unis qui transparaissait du classique de Clouzot.
C'était sans compter sur la période mouvementée durant laquelle le film a été tourné (la fin des années 70 en plein le Nouvel Hollywood et la remise en question de la place des USA dans le monde : il sort deux ans avant Apocalypse Now). L'échec du film (qui préfigure celui encore plus flagrant de Heaven's Gate trois ans plus tard) a donné une terrible réputation à ce film, lui aussi entre deux genres : le film d'aventure et le film politique.

Friedkin a, dans une première partie développé "l'ambiance" d'un pays sous une dictature corrompue que Clouzot laissait juste deviner. Les 4 "héros", dont les origines sont nettement plus développées que dans le film français (un riche banquier français en fuite, un braqueur gringo, un poseur de bombe palestinien et un allemand mystérieux), vont tout faire pour s'enfuir de ce village où ils pensaient trouver la protection de l'anonymat. Les caisses de dynamite qu'ils transportent dans leurs camions prennent une dimension politique évidente : elles sont à la fois leur mort probable mais aussi l'épée de Damoklès sur la tête des dirigeants du pays (et du gouvernement américain) comme en atteste la rebellion de la population du village lors de l'explosion du puit de pétrole.

Au delà de cette "politisation" du propos du film, le film est une réussite exemplaire dans l'installation du suspense, tout comme Le salaire de la peur l'avait été en son temps. Le principe est le même (les caisses peuvent exploser à tout choc : il est du devoir des "héros" de conduire le mieux possible sur des routes dignes des pires cauchemars de tout conducteur) et les situations sensiblement pareilles : routes escarpées, ponts de bois pourris, etc...
Là où Friedkin impressionne c'est dans son incroyable habilité à ne pas prendre les connaisseurs de l'original pour des imbéciles : il fait directement référence aux morceaux d'anthologie du Salaire (le pont de bois en "tournant", l'arbre en travers de la route remplace le rocher, l'explosion du deuxième camion, la jambe écrasée par le camion) sans les imiter : elles étaient parfaites ; les refaire ne serait que plagiat décevant. Ainsi, il "troque" l'efficacité de ces nombreux segments contre une scène d'une efficacité diabolique au milieu du film : le passage du pont de cordes. Celle-ci, extrêmement éprouvante pour le spectateur, dure environ 15 minutes où toutes les lois du suspense (très gros plans, plans extrêmement larges, focalisations multiples, axes variables, montage au millimètre, etc...) sont transcendées pour obtenir un morceau de bravoure impressionant.

Malgré la force de cette scène, le reste du film fonctionne extrêmement bien, jusqu'à arriver à une fin quasi fantastique, dans un décor lunaire et magnifique, quasi abstrait remettant en question tout ce que l'on vient de voir : tous ces risques pris pour une récompense misérable et sans doute inutile. La folie par l'abstraction, c'est ce que Friedkin a voulu imposer face à la fin improbable mais belle du Salaire de la Peur.

Ainsi, un remake fait "par admiration" pour le film original ne peut être bon que s'il est motivé par une vision différente du monde ; une vision personnelle référencée, certes, mais elle-même originale.

28 avril 2006

Margo et Eve

Le choix du premier article doit être le plus crucial dans la carrière d'un critique. Ainsi, j'ai bien dû chercher pendant des heures le film qui aurait l'honneur ultime d'apparaître en premier sur mon blog. Le choix a été fait et j'ai finalement décidé de publier un article que j'ai écrit il y a quelques mois pour le journal de mon école qui n'a pas vu le jour depuis...
Et ce n'est justement pas une critique mais plutôt la traduction du sentiment nostalgique que je ressens lorsque je vois face à face dans la rue des affiches faites respectivement pour une exposition sur le patrimoine cinématographique (en l'occurence Paris au Cinéma) et des affiches de films récents, plus ou moins bons. Ce texte, on m'a dit qu'il n'est pas compréhensible, qu'on ne voit pas de quoi je parle mais je l'aime bien, alors tant pis.


Margo a le visage de la célébrité. De la personne familière, que tout le monde connaît et que personne ne conteste, même si plus beaucoup ne s’y intéresse. Il n’y a pas de mépris quant à sa carrière mais plutôt un désintérêt. On connaît.
Eve tient de ces personnes qu’on croit ne jamais pouvoir oublier quand on les croise dans la rue. Elle est jeune, vient de se faire connaître et bientôt sera reconnue. Elle est fraîche, pleine de promesses et de questions. Elle n’est peut-être qu’un effet de mode. Le prodige attendu ne s’épanouira pas, faute de talent réel. Peut-être la pression a-t-elle été trop forte. On a trop espéré, on a été déçu. Suivante… Mais peut-être vaut-elle le coup ! Elle étonne, film après film et peu à peu se créé son image et sa place dans le cœur du spectateur.
Ces deux beautés se côtoient constamment sur les façades des cinémas parisiens. Parfois face-à-face, toujours opposées. Malgré le charme de Margo, Eve aura toujours plus de succès. Eve a la promotion de son film à la télé, est placardée sur les côtés des bus et les jeunes n’ont que son nom à la bouche.
Margo, elle, n’a qu’un coin de page réservé sur le Pariscope de la semaine (et autant de salle) quand une rétrospective de sa carrière est organisée à la Cinémathèque ou dans les Actions du Quartier Latin.

Eve vient de jouer un rôle que Margo avait interprété des années auparavant. Elle avait même reçu un prix important dans une cérémonie tout aussi importante… Mais c’est d’Eve dont on parle. « Le personnage, et votre jeu, sont incroyables ! Comment avez-vous préparé ce rôle ? » lui demande-t-on.
Pour peu que Eve soit cinéphile (ou briffée par le producteur), elle dira élégamment que Margo avait été incroyable dans ce film mais qu’elle ne voulait en rien l’imiter et qu’elle a travaillé intensément pour qu’elle soit crédible là où personne ne l’attendait. Et elle l’est.

Le nom d’Eve s’écrit dans les livres d’histoire du cinéma. On se demande quelle est sa plus grande réussite. Elle ne tourne plus beaucoup mais on en parle encore un peu. Puis plus beaucoup. Il n’y a pas de mépris quand à sa carrière mais plutôt un désintérêt.

On connaît.

27 avril 2006

De l'originalité du titre d'un blog

Bon, je viens de créer ce blog, croyant être très original sur sa dénomination faisant référence à la fameuse onomatopée du programme cinéma de Canal +, à l'époque où j'étais encore marmot.
Ben non.
Sur Google, je trouve même pas ma page tellement il y a de "tchi tcha" déjà homologués...
C'est mauvais signe. Vais-je avoir des lecteurs ? Vont-ils pouvoir trouver ma page parmi ce magma de "tchi tcha" ?