
Je m’étonne. Devant l’enthousiasme mou suscité par le film de Jon Favreau (je m’étonne à nouveau de prononcer son nom ici), Iron Man, pourtant clairement le meilleur film de super-héros depuis longtemps.
Moins virtuose que le X-men 2 de Brian Singer mais nettement plus complet ; plus construit que Spiderman mais aussi jouissif que sa suite, l’Homme de Fer m’a surpris, je dois l’avouer.
D’abord parce que, il faut le reconnaître, je n’y connais rien aux comics en général, et encore moins dans ce personnage pourtant bien plus intéressant que les autres héros de Marvel ou DC Comics (en tout cas, ceux que j’ai rencontré jusqu’à présent).
Ambigu dans toutes ses caractéristiques, c’est ce qui plaît chez lui. Un humour cynique pour un homme qui ne l’est pas moins : dirigeant l’entreprise leader de l’armement, il profite des conflits les plus meurtriers pour faire commerce. Rappelant Nicolas Cage dans Lords of war (ou peut-être était-ce Cage qui s’inspirait déjà de la créature de Stan Lee), il représente à lui tout seul une industrie basée sur un paradoxe vicieux (
Si vis pacem, para bellum), une économie qui devient folle (et sanctionne de saines décisions) ainsi qu’une représentation en pleine évolution de « l’homme moderne ».
Car, et c’est là la force du film, le héros va combattre de front ce qu’il représente lui-même.
Iconographie frappante d’un égocentrisme poussé à l’extrême, Tony Starck est un nouveau Narcisse qui au lieu de se noyer va façonner son image pour que le reflet soit plus beau. Avant que cela soit le cas, il aura brisé tous les miroirs de son atelier et les seuls yeux qui auront accès à ses anciens traits (pourtant ceux plutôt réussis de Robert Downey Jr.) seront ceux de ses créatures (des robots humanoïdes ; et à quelques mois de la sortie de WALL-E, j’utiliserai le néologisme « pixarisés » !).
Quant aux femmes qu’il séduit, elles ne sont que des faire-valoir du stéréotype qu’il se fait de sa personne. Il n’y a qu’à voir la terreur dans ses yeux quand la sublime Pepper Potts lui fait des avances (car c’est bien dans ce sens que ça se passe).
De quoi creuser donc, comme très souvent dans les univers de BD mais ici plus que jamais. D’autant plus que, selon mon principe que j’aime transformer en règle dans les débats sur ces « films de super-héros », le numéro deux est généralement meilleur que le premier opus.
Au vu du succès d’Iron Man outre-Atlantique, la suite est déjà lancée. Espérons néanmoins qu’elle sera portée avec autant d’intelligence que celui-ci, par un casting des plus inspirés !
Downey Jr. excelle dans ce rôle de héros mature, aussi vif et créatif que acerbe et imberbe. Il a la chance de porter sur ses épaules, pourtant fragiles jusqu’ici à Hollywood (notamment pour ses nombreuses chutes et rechutes dans la drogue), un personnage moins niais que l’ado Peter Parker ou l’insupportable Clark Kent.
Mais aussi, et ce n’est pas la moindre des remarques, d’être aussi bien entouré. Le mystère est grand dans le choix des producteurs quant à la participation au projet de Gwyneth Paltrow (qui virait
has been), qui trouve enfin un rôle intéressant dans sa maintenant longue et mollassonne carrière (en mettant de côté le Fincher).
De même pour Terrence Howard, qui obtient ici un second rôle extrêmement sympathique et prouve l’intelligence de l’acteur dans ses différentes interprétations. Car donner de la vie à un personnage à première vue aussi court et inintéressant est une jolie réussite.
Mais surtout, et pour finir, gros coup de chapeau pour avoir débauché Jeff Bridges à des fins aussi étranges (endosser le costume du villain comme disent les anglosaxons). La masse imposante de l’acteur, sa dégaine irréprochable, ses yeux perçants sont les indicateurs qu’un choix doit être réfléchit et justifié avant d’être prit. On en oublierait presque les ratés comics (pardonnez mon jeu de mot) qu’ont malheureusement été Willem Dafoe ou Kevin Spacey en Bouffon Vert et Lex Luthor respectifs.
Si tu veux un bon héros, fais un bon méchant.